Vincent, François, Paul… et les Autres, la fin d’un monde en français majeur

Vincent, François, Paul… et les Autres, la fin d’un monde en français majeur

Cela faisait longtemps, très longtemps que je n’avais pas entrepris le cinéma de Claude Sautet . Alors j’en ai des souvenirs plus ou moins diffus, enfouis derrière la brume de ma mémoire imparfaite. Mais malgré cela, les quelques bribes de souvenirs auxquels mon esprit consent encore à accéder me renvoient a de vrais plaisirs de cinéphile, malgré le jeune âge ou je les aie découvert. L’acquisition toute récente de quelques films du réalisateur m’a motivé à me replonger à corps perdu dans les atermoiements d’un âge que je n’ai pas encore atteint et d’une époque que je n’ai jamais connue. Et, avant de débuter le visionnage de ce qui reste son plus grand succès public avec César et Rosalie et les Choses de la Vie, ma grande question était de savoir si j’allais entrer en résonance avec le propos et avoir une profonde implication émotionnelle. Car ses réalisations des années 70 ont pour certains le goût rance des choses à oublier. Il n’empêche, que c’est avec les plus belles intentions que le film fut lancé.

Le film tourne autour d’un groupe, un groupe d’ami et de leurs compagnes. Et plus précisément autour de trois protagonistes, étrangement ceux cités dans le titre, la vie est parfois si bien faite. Vincent, entrepreneur rencontrant des difficultés liées à des créances impayées et dont la femme l’a quitté. François, médecin ayant perdu le goût d’exercer, et dont la femme le trompe de façon plus régulière que le lever du soleil. Paul, écrivain en mal d’inspiration. Le film démarre sur une scène ressemblant à un souvenir ou nos trois héros dansent avec leur femme respective. Ils rient, sont heureux, le filtre bleu renforce ce sentiment de béatitude et renverra à la scène finale qui en sera son contrepoint. Le film démarre sur le souvenir d’une époque qui fut, mais ne sera plus. Mais 68 est passé par la, la crise du pétrole, la fin des trente glorieuses nous allons voir le portrait d’une génération qui c’est perdu et va devoir se réinventer pour s’accrocher à un monde qui change. Il est assez symbolique de voir les enfants brûler par inadvertance une cabane pendant que les adultes jouent au ballon. Cela appuie la fin de l’insouciance qui va se jouer sous nos yeux. D’ailleurs, la scène de la reconstruction de la cabane reste un moment charnière. Chacun des protagonistes ayant dû faire face à leurs propres problématiques se trouve eux-mêmes dans l’obligation de se reconstruire. L’écriture des dialogues et l’interprétation appuient parfaitement aussi ou chacun en est de leur propre évolution.

Le film est très verbeux, mais très bien rythmé, la musique de Sarde emporte à chaque moment le morceau sachant toujours mettre en exergue ce que cherche à véhiculer l’image. La mise en scène de Sautet est assez chiche en grand mouvement de caméra. Elle se concentre sur des panoramiques, des zooms, elle n’est pas non plus dénuée de quelques travellings qui me semblent toujours très bien pensés. Chaque travelling accompagnant ses protagonistes lors de choix ou de changement important pour les personnes concernées. Le tout va se structurer autour des réunions de ce groupe. La vie, les drames, les pertes se jouent sous nos yeux. Les colères succèdent aux rires, mais une chose reste, l’amitié indéfectible que les unit. Le tout se conclura dans le plan symbolique de fin répondant à celui du début. Cette fois-ci les hommes sont réunis, heureux, toujours derrière ce filtre bleu. Malgré les vicissitudes et les désamours, cette solidarité, certes très masculine, sera ce qui leur permettra d’envisager ce changement d’ère. Il n’est pas innocent que tout se finisse autour d’un match de boxe, représentation virile de leur propre combat spirituel. Gérard Depardieu en faisant le choix d’accepter un combat qui semblait perdu d’avance est le raccord intergénérationnel qui unit ses trois cinquantenaires aux restes du groupe. Lui qui est lui-même coincé entre deux mondes. Celui de la perte de l’innocence, espérer que la boxe puisse être un avenir et la réalité qui le rattrape, devoir trouver un « vrai » travail pour assurer un avenir à lui et sa femme enceinte.

Sautet distille des moments de joie au sein d’une morosité prégnante qu’un casting assez prodigieux ne rend jamais ennuyeuse. De vrais moments de cinéma brillant parcourent le film. Ne serait que la scène réunissant Michel Piccoli et Marie Dubois lors de leurs « aveux » dans la douche. Tout se jouera à travers des reflets dans le miroir et via le placement de ses acteurs. Quasiment tout aurait pu être compréhensible sans un mot. L’éloignement, le mépris, les corps qui se frôlent, mais les regards qui ne se rencontrent jamais sinon à travers le prisme déformant d’un miroir renvoyant leurs faux semblants. En tout cas, mes quelques doutes furent vite balayés pour ce qui reste et restera une vraie belle proposition de cinéma. Touchant, et jamais misérabiliste, laissé vous donc emportés. Tous les prénoms sont admis.


Date de sortie :  23 octobre 1974 (1h 53min)

Réalisé par : Claude Sautet

Scénarisé par : Jean-Loup Dabadie, Claude Sautet, Claude Néron

Bande annonce :

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Cet article a 2 commentaires

  1. Je l’ai vu il y a quelques années maintenant. Dans l’ensemble j’avais bien aimé et Sautet peut compter sur un beau casting dans son ensemble. Les non-dits apparents finissent par exploser y compris il me semble lors d’un dîner a priori banal.

    1. Et même surtout lors de ce banal dîner. Et oui un casting pareil c’est juste pas humain quand même. Je vais surement prolonger le plaisir avec les choses de la vie, César et Rosalie… Voir un Sautet sans Romy Schneider c’est la honte.

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