Undercover: Une Histoire Vraie, une histoire de famille

Quoi de mieux pour débuter une nouvelle année que de la démarrer en parlant d’un film. 2019 commence sous de bons auspices avec Undercover: Une Histoire Vraie. Un titre français assez horrible, probablement dû a quelques marketeux, persuadés que White Boy Rick (titre original) serait bien trop incompréhensible, pour nous, gens de la plèbe. Mais que ceci ne vous arrête pas, malgré l’inconsistance de son titre « francisé » nous avons affaire là à de la belle ouvrage. Yann Demange nous revient sur grand écran, avec son deuxième long métrage, qui succède, à son très réussi ’71.

Mais de quoi nous parle-t-il : tout se passe à Detroit au milieu des années 80. Dans une ville désincarnée et submergée par le trafic de drogue, un père de famille inconsistant va voir son fils, Rick Wershe Jr, devenir informateur pour le FBI. Devenant à son tour trafiquant, il se verra abandonné et arrêté par les instances mêmes avec lesquelles il avait collaboré. Pour ne rien vous cacher, je viens tout juste de voir ce film et une certaine ambivalence des sentiments m’étreint. Je suis partagé entre le vrai plaisir d’avoir vu un très bon film, et le sentiment diffus que malgré tout il reste très oubliable.

La mise en scène et brillante et nous plonge au cœur de cette famille dysfonctionnelle. Demange parvient, malgré l’âpreté de son sujet, à ne jamais sombrer dans la facilité du misérabilisme. Des acteurs habités imprègnent leur personnage d’un humanisme débordant. Richie Merritt, dans sa première prestation cinématographique, est impressionnant de justesse face à un Matthew McConaughey égal à lui même. Le film parvient, sans didactisme, à embrasser de nombreuses thématiques, qui sans être originales, semblent consubstantielles aux USA.

La pauvreté d’une ville en perdition, abandonnée par ses instances dirigeantes. Un rêve américain qui n’est plus qu’illusoire, le racisme, la drogue comme seul moyen de subsistance… Et ce que l’on pourra reprocher au métrage est peut-être en même temps, l’une de ses grandes qualités. Tout en paraissant ne jamais approfondir totalement les thèmes qu’il embrassent, le film en se focalisant sur cette famille parvient en fait à les instiller plus durablement en nous. En passant par la proximité et l’identification le réalisateur gagne en immersion ce qu’il perd en vue d’ensemble de l’époque décrite.

Cette relation fusionnelle, un brin toxique, entre un père et son fils n’est pas sans rappeler celle unissant Christopher Walken et Leonardo di Caprio dans Arrête-moi si tu peux . Un amour et un désir de mimétisme poussant le fils sur la mauvaise voie. On peut faire également un rapprochement avec Requiem for a Dream. Un rêve fou de stabilité par le biais d’une activité illégale qui ne peut qu’amener à rien. Ici le désir de père de Ricky de franchiser des vidéos clubs. D’autres exemples tout aussi pertinents peuvent venir en tête, mais c’est les premiers à s’être imposé à moi au visionnage. Une filiation de qualité il faut admettre.

La direction de la photo est brillante et appuie la symbolique du récit. Une teinte désaturée sous un ciel incroyablement blanc pour nous dépeindre un Détroit sans espoir. Une teinte orange sous la lumière des réverbères dans les scènes nocturne. Elle souligne des moments de choix, de direction à prendre, souvent accentuée par le fait que ces scènes se passent en voiture. Tout ce qui relèvera plus du festif ou de la découverte se fera sous des teintes violettes et roses mettant en exergue un aspect quasi fantasmagorique. Rick le héros du film pénétrant littéralement dans un nouvel univers.

La mise en scène n’est pas en reste. Dès son introduction, la caméra suit le dos d’une enfant qui vient de récupérer du pop corn. On voit des familles attablées se parlant tranquillement. La caméra continue de suivre la jeune fille qui pénètre ce qui semble être un vaste entrepôt bondé et finit par rejoindre sa mère qui porte une arme en bandoulière. Une succession de plans nous fait comprendre que l’on assiste à ce qui est une vaste vente d’arme parfaitement légale. Ce n’est qu’ensuite que la caméra se posera enfin sur ceux qui seront les protagonistes du film.

Par cette introduction, le réalisateur semble nous dire que la famille Wershe n’est pas totalement au cœur du récit. Un récit qui s’inscrit dans une dynamique plus large. Qu’en passant du macro au micro, il va dépeindre par le biais de cette famille, un pays en perdition bourré de contradictions. Un pays tolérant qu’une vente d’arme puisse être une sortie familiale. Tout en luttant contre le trafic de drogue, dont la violence et la continuité sont alimentées par l’incurie gouvernementale et la liberté constitutionnelle du port d’armes.

Un film plus qu’attrayant et qui mérite d’être vu. Ma seule crainte sur le fait qu’il ne soit oubliable réside en quelques points. Malgré une réalisation et une direction de la photo impressionnante, le métrage emprunte dans sa narration des chemins vu tant de fois. De nombreux passages obligés du genre ne nous seront pas épargnés. Si l’on ne parvient pas à s’attacher à cette famille, malgré le jeu des acteurs, elle pourra vous sembler quelque peu caricaturale. Cependant, j’espère que mes doutes resteront à ce stade, car plus je parle du film plus j’en vois ces qualités. Tout ceci pour vous répéter, allez le voir !!!


Date de sortie : 2 janvier 2019 (1h 51min)

Réalisé par : Yann Demange

Scénarisé par :  Andy Weiss, Logan Miller, Noah Miller

Direction de la photo : Tat Radcliffe

Bande annonce :

Partage :
0

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *