Tokyo Godfathers, émotion en périphérie urbaine

Tokyo Godfathers, émotion en périphérie urbaine

Dans ma quête éperdue du meilleur film de Noël, oui jour après jour le projet qui n’en était pas un change de forme. Donc, comme je disais avant d’interrompre ma pensée naissante, ce qui n’était qu’un petit exercice de style devient une quête. La quête du meilleur film de Noël. En 25 films, oui ça va faire léger et un brin péremptoire d’annoncer le plus grand film de Noël avec un si petit panel. Mais comme je le dis bien souvent « ma maison, mes, règles » et de toute façon ici, « la loi c’est moi ». Alors une fois ceci mis à plat, je dois admettre que j’ai une petite inquiétude. D’avoir une bien trop forte prédominance de film américain dans ma liste. Donc parmi ceux qui liront ces quelques mots, si vous avez des propositions de film de Noël venant d’autres horizons. Sachez que je reste ouvert à toutes propositions. Par contre concernant le cinéma français, j’ai déjà ma petite liste. Si possible, proposez-moi des films hors France et USA.

Ce soir, je vous propose une vraie petite merveille qui réussit parfaitement ce que les deux films précédemment critiqués n’obtenaient que partiellement. Le film de Noël, il peut y a en avoir de plusieurs genres. Et je vais plutôt m’intéresser à celui qui, dans son essence, tente de célébrer ce qui est communément vu comme l’esprit de Noël. Une sorte d’éloge humaniste qui voudrait que Noël soit une époque de prédilection pour le rapprochement des gens. Et même cette thématique précise peut être multiforme. En empruntant des genres plus communs au monde cinématographique. Comédie romantique, film social, action il n’y a aucune limite. Et dans Tokyo Godfathers on est plus proche de la satire sociale avec des pointes d’humour fort réussies.

Le film prend le point de vue de trois SDF, trois sans-grade, trois personnes rejetées, réunies par la force des choses. Un transsexuel, un alcoolique et une fugueuse qui lors des fêtes de Noël vont tomber sur un bébé venant d’être abandonné. La clé accompagnant le couffin les amènera à vivre une vraie aventure. Retrouver les parents du bébé et se retrouver eux-mêmes. Un travail d’acceptation et de résilience par le biais d’un acte désintéressé. Tout le film tournera autour de personne violente, tourmentée, pauvre. Tout ce milieu interlope, présent au sein de toute ville, mais gravitant à l’orée de la normalité. Ceux que l’on ne regarde plus soit par dédain, soit par crainte, soit par dégout. Une grande partie du film s’attachera à nous faire porter de l’affection à toutes ces vies qui vont défiler devant nous. Les dialogues et les situations se succédant à un rythme soutenu mais jamais effréné. N’oubliant jamais d’appuyer avec finesse aux points sensibles pour directement nous toucher au cœur.

La mise en scène met parfaitement en exergue tout ceci. Le monde de nos héros, et particulièrement sombre et jamais coloré. Cette distinction est parfaitement appuyée lors de quelques scènes. Notamment quand on voit les trois protagonistes marchant dans une rue totalement grise alors qu’à leur droite on peut voir des décorations très colorées. Comme, si une frontière invisible, les empêchait de pénétraient le monde. Bien souvent, on les verra dans des ruelles vides. Ou l’on voit et entend au loin la foule et les voitures qui défilent. Cela accentue le côté surnaturel de cette histoire. Nous sommes littéralement dans une autre dimension à celle du Tokyo habituel et cet enfant symbolise la clé qui pourra entrouvrir la porte jusqu’à nous. Mais le film n’est malgré tout jamais misérabiliste. Au grès de leur pérégrination, les trois héros vont faire des connaissances ou des retrouvailles et ces quelques moments seront toujours baignés de couleurs chaudes. Même au sein de ce monde qui peut être violent il y a des enclaves ou l’on peut se regrouper. Ou l’amour et l’amitié repoussent la grisaille.

Chacun des personnages va vivre sa propre évolution. Une évolution qui chaque fois se verra récompensée par une rencontre qui pourra les amener à une paix intérieure par rapport à leurs erreurs passée. On pourra remarquer qu’au sein du groupe ils ont tendance à reproduire verbalement la violence qu’eux même peuvent subir au quotidien. Violence très vite compensée par l’amour qui les unit en une famille certes dysfonctionnelle, mais réparatrice. Satoshi Kon va balayer dans son métrage un peu tous les maux du Japon. Certains sont tout de même universels. Mais l’homophobie, l’agression de SDF, l’alcoolisme, la prostitution, les dettes de jeu, le suicide… Tout est abordé sans fard, mais avec une douceur et un onirisme particulièrement percutant. Une énorme réussite pour son réalisateur qui n’aura fait que 4 longs métrages, mais aura réussi un sans-faute. Un film que je fais plus que recommander. J’ordonne de le visionner.


Date de sortie :  13 avril 2004 (1h 32min)

Réalisé par : Shôgo Furuya, Satoshi Kon

Scénarisé par :  Satoshi Kon, Keiko Nobumoto

Bande annonce :

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Cet article a 2 commentaires

  1. Un chef d’oeuvre comme tous les autres films du réalisateur et son plus accessible. Le film réussit à montrer un véritable portrait de la société sans partir dans des poncifs. A l’image de la personne transsexuelle montrée de manière élégante, sans en faire une caricature. Là où Satoshi Kon a souvent mêlé rêve, réalité et fiction, ici le rêve est plutôt une utopie, celle d’un monde meilleur pour les personnages. Y compris en contredisant ce que disent les personnages, comme quand Gin dit qu’ils ne sont pas dans un film d’action avant de se retrouver dans une course poursuite finale qui tient complètement du film d’action ! 😀

    1. Oui, plus le film avance, plus on rentre dans une forme d’irréalité. La course poursuite, toute la scène du toit… Comme s’il rentrait dans un rêve qui les mènent vers une réalité retrouvé.

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