Star Wars: L’ascension de Skywalker, la fuite en avant

Commencée dans la tiédeur symétrique d’un passé dont on ne parvient pas à se défaire, cette trilogie ne partait pas sur les meilleures bases possible. Si un certain esprit d’aventure parvenait à poindre, J.J. Abrams, ne sut jamais vraiment se départir de ses figures iconiques qu’il idolâtre bien trop. Il ne parvint jamais à faire de ses nouveaux héros, des figures mythologiques réactualisées, qui aurait dû devenir le porte-drapeau de cet univers bien connu, pour une nouvelle génération. Désireux d’inscrire la saga dans une discussion entre un passé pesant et un présent que l’on a du mal à construire, le film se perd en ne trouvant jamais son propre ton. Le métrage et la parfaite représentation de ce qu’est son réalisateur, un homme qui s’imagine être la parfaite transition entre le cinéma de divertissement qui l’a nourrit et sa nouvelle incarnation qu’il espère représenter. Mais un manque de personnalité, tant dans la mise en scène que dans l’écriture tendent à mettre en échec ses louables intentions.

Tout n’est pourtant pas à jeter, dans Le Réveil de la Force, Adam Driver interprète un solide Kylo Ren, dont les atermoiements apportent subtilité et doute, et confèrent à cette nouvelle incarnation maléfique, une émotivité inhabituelle qui ne l’en rend que plus dangereux. Mais, en inscrivant trop son récit en parallèle dévoyé de la trilogie originelle, celui-ci en perd toute substance. En oubliant de donner une vraie consistance à ses seconds rôles, ceux-ci ne parviennent pas réellement à prendre leur envol et se retrouve toujours à être dans la réaction, dans une fuite en avant assourdissante ou ils ne font que réagir en subissant les actions des icônes passées.Trop respectueux et sans génie, il accouchera d’un premier opus assez fade, mais laissant quelques pistes narratives intéressantes à développer. C’est à ce moment que la suite fuit confié à Rian Johnson, et, si la qualité d’un film devait se mesurer à sa capacité à diviser, je peux annoncer que nous avons droit à un chef-d’œuvre.

Continuant sur la lancée du précédent, le film est toujours en prise avec le passé, mais, au contraire de son prédécesseur, Rian est un pitbull, et il mord dedans, le déchiquette, le dénoyaute avec plaisir, n’ayant qu’un désir, l’oubli pour envisager l’avenir. Dès l’introduction de Luke, on voit celui-ci jeter avec dédain son sabre laser. Voilà tout le cinéma de Johnson. La ou Abrams est quasi obséquieux avec ses reliques, Johnson les rejette d’un revers de la main. Cette volonté est tout à fait louable, et aurait pu faire rentrer la trilogie dans un vrai renouveau, excepté un oubli, son récit. Il bien bon de vouloir faire fi de ce qui précède, mais encore faut-il relancer les enjeux. L’univers à horreur du vide, et s’il peut être excitant de voir un auteur oser des choses, passé deux heures trente à dévitaliser une mythologie tout en ne proposant rien, c’était envoyé la saga droit dans le mur. L’ensemble du cast semble faire du surplace, les différentes péripéties n’ont pas de véritable impact, étant donné quelle se solde soit par un échec, soit par une incapacité à nous en faire comprendre leurs retombées.

Si le développement de la relation entre ombre et lumière de Kylo et Rey, offre des perspectives assez passionnantes, cette dualité ne faisant que refléter la même dualité qui les consument, le reste du cast peine à intéresser. Entre conflits hiérarchiques, ne semblant reposer sur rien d’autre qu’une ficelle scénaristique pour remettre en avant un personnage oublié, et les redites du film précédent, en faisant revivre à Finn les mêmes désirs, les mêmes conflits qui le taraude depuis le métrage d’Abrams, tout ceci pour aboutir à une résolution similaire, tout concourent à laisser un arrière-gout d’un film qui n’aura rien fait avancer. Et alors que tout se termine, que la résistance semble exsangue, que le premier ordre semble… En fait, nous ne savons pas trop ce qu’il semble devenir, étant donné que jamais les deux films n’auront su réellement nous donner la pleine mesure du conflit en cours. De force terroriste d’opposition, le premier ordre passe sans transition à force implacable se déversant sur le monde.

Ce qui était acceptable dans la première trilogie devient plus compliqué à faire accepter ici. Nous n’avons plus à faire avec un univers émergeant sous nos yeux, ou notre suspension d’incrédulité est prête à tout accepter. En resituant le récit au niveau macro, au plus prêt de ses protagonistes, sans jamais vraiment les positionner sur l’échiquier galactique dont ils font partie, les films s’offrent le droit de ne plus avoir à crédibiliser de nombreuses situations, se contentant parfois d’un dialogue ou encore pires, du texte d’introduction pour asseoir une situation qui finalement n’arrive jamais à vraiment prendre corps. C’est dans ce marasme, qui a malgré tout su contenter de nombreuses personnes, que J.J. Abrams, se retrouve à devoir reprendre les rênes d’un bateau, qui, bien certains se refusait à le croire, semble de plus en plus à la dérive. Et mes craintes, quant à cette conclusion, se révèlent bien malheureusement fondées.

Les 10 premières minutes du métrage nagent entre précipitation et offrande, Mustafar, Palpatine… Nous avons quasiment le sentiment de voir un metteur en scène à genoux déclamant, tenez je suis à votre écoute. Tout semble fait pour effacer le film précédent et repartir sur un schéma incroyablement classique. Les raccourcis s’enchaînent, les incompréhensions débutent, mais comme le film n’aura jamais le désir de crédibiliser quoi que ce soit, nous voici obligés d’accepter ce qui défile à l’écran. Des milliers de destroyers avec chacun une force de frappe digne d’une étoile de la mort, tout ceci construit on ne sait comment, et avec l’aide dont on ne sait quel équipage. Le mystère des origines de Rey refait surface, un espion au sein du premier ordre… Ce n’est plus scénario, mais un tour de magie. Ce qui est extrêmement dommageable, c’est que cela donne le sentiment que J.J. est dans l’incapacité de faire confiance dans les personnages qu’il a créés.

Malgré tous ses défauts, les Derniers Jedis, avaient le mérite de repositionner la nature du conflit, et d’en faire quelque chose de plus fin qu’une simple lutte du bien contre le mal. En voulant faire revenir d’entre les morts une ombre sépulcrale qui n’avait plus lieu d’être, Abrams simplifie son récit pour n’en faire plus qu’une chasse au trésor qu’il court-circuite en la rendant inutile vu son dénouement. Et encore une fois, on peut ressentir la dévotion envers les reliques du passé, que ce soit un sabre, un « GPS » Sith, une parenté inavouable… Au bout du compte, aucun des protagonistes n’embrassera jamais vraiment sa condition de nouvel archétype héroïque, principe qui trouvera son pinacle quand Rey se nommera elle-même en tant que Skywalker. Prisonnier d’un passé qui les étouffe, pour diverses raisons, c’est dans la mort ou la continuation qu’ils trouveront leurs résolutions. Et ceci, est quand même le plus grand pied de nez que l’on pouvait faire à Rian Johnson.

La mise en scène est également assez pauvre, énormément de plans rapprochés, l’incapacité à générer de la tension ou du rythme par le découpage, la première scène de poursuite sur Passana en est un parfait exemple. Malgré l’expérience engrangée, on ressent vraiment le passé télévisuel de son concepteur, de très rares plans parviennent vraiment à rendre prégnant la démesure du récit, on est bien loin du talent d’un Gareth Edwards ou d’un Rian Johnson, et au jeu des comparaisons le réalisateur, inexplicablement en vogue, perd sur tous les points. Je ne vais pas m’amuser à recenser toutes les étrangetés, ou facilités scénaristiques parsemant le récit, mais l’utilisation de la force ressemble de plus en plus à un deux ex machina. La force, n’est plus qu’un moyen de débloquer le récit ou de donner lieu à des séquences pouvant flatter le regard. Car oui, maintenant, peu importe la distance, la force peut nous permettre d’interagir physiquement avec un objet, la force guérit et permet de relever les morts…

Il est facile de poser des concepts nouveaux sans avoir à les justifier, et quand bien même, dans notre mansuétude, on voudrait accepter l’interaction physique à distance entre Rey et Kylo de par leur nature de dyade, cette explication s’envole dès le moment où Luke peut s’emparer de son sabre en tant fantôme de la force. Si le combat entre Kylo et Rey à des milliers de km de distance peut-être visuellement intéressant; il n’en reste pas moins incompréhensible, pourquoi n’ont-il pas la possibilité de voir l’environnement de leur opposant et pourquoi celui-ci se révèle quand il le touche à distance ? Et si cette scène est visuellement assez inventive, elle se révèle n’être qu’une version inaboutie, de ce qu’avait pu faire Luc Besson dans son Valérian, lors de la scène du marché. Par respect, on ne fera pas référence aux éclairs de l’empereur, qu’il peut projeter sur la moitié de la planète en ne visant que les vaisseaux de la résistance, mais quand il s’agit de cibler Rey se retrouve dans l’impossibilité de viser autre chose que ses sabres.

Le film se révèle sans ambition ni âme, trop précautionneux à conclure du mieux qu’il peut, il oublie en chemin ses personnages. Notamment celui qui semblait le plus réussi, Kylo Ren qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Perdu dans des choix stupides, devant une fois de plus laisser la place à un fantôme du passé, il erre sans but, et des tourments qui semblaient l’habiter il n’en reste rien. Finn et Poe, dont l’inutilité inspire le malaise, passe leur temps à courir, hurler et se jeter dans les bras pour simuler une complicité dont on n’a jamais compris l’existence. L’abandon du personnage de Poe est caractérisé par un dialogue ou il conjure violemment Rey de lâcher sa formation, car elle est la meilleure pilote qu’ils ont à disposition. C’est-à-dire que même ceci, ses compétences de pilote lui sont retiré dans une vaine tentative d’héroïser encore plus Rey. Et cela souligne encore plus un mal de notre temps, cette obligation de verbaliser plutôt que de montrer. Un principe qui trouve son apogée quand à la fin un protagoniste déclame que « la galaxie se soulève, nous avons gagné ».

Dans la trilogie d’origine, battre le symbole de l’empire, rendait compréhensible la victoire, mais ici on est obligé de le souligner, de faire comprendre que cette victoire n’est que le début, toutes ces petites scories d’écriture qui ont tendance à alourdir le récit. Avant de conclure je vais m’amuser d’une dernière chose, je trouve assez savoureux que n’importe quel personnage, même le plus inconnu, balance dans le plus grand des calmes, mais oui c’est la technique secrète Sith…, à se demander si un secret partagé par autant de monde en est encore un. Et pour finir, j’adore le concept d’orienteur Sith, alors qu’apparemment une fois que l’on connait le chemin de la planète caché on peut s’y rendre sans aucun désagrément, c’est à se demander pourquoi Palpatine et Vador en possédaient chacun un sinon permettre au récit d’avancer. En conclusion, voilà un film censé finaliser 42 ans d’histoire, toute une saga ayant bercé des générations, qui se termine en ne me laissant guère d’émotions, et, malgré toute la rancœur dont je peux faire preuve, cela me désole.


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