Robin Hood, la danse des mecs en collants

Il m’arrive assez peu souvent de réellement changer d’avis sur un film. Est ce que l’on peut y voir une forme de cohérence, ou une incapacité à remettre son avis en question, je ne saurais le dire. Il m’arrive plus souvent de déprécier un film que l’inverse, l’usure du temps, le regard qui s’affine, l’expérience grandissante peut me faire réévaluer à la baisse l’appréciation que je pouvais avoir de certains métrages. Mais, pour une fois je vais parler d’un film qui a su gagner mon cœur et qui c’est révélé comme un vrai et grand blockbuster intelligent. Robin Hood, pour ne pas le nommer, à surement subi le poids du passé. Une histoire tant de fois contée qu’elle c’est inscrite en nous et ne nous sensibilise pas à une réécriture, par un auteur, du mythe, à travers ses propres obsessions.

Et des obsessions il en a le père Scott, elle traverse littéralement son oeuvre et nous offre le visage et l’évolution d’un homme, dont le nihilisme suinte de ses dernières œuvres, que plus cohérent. La dualité en est son centre et à travers elle la mue nécessaire qui s’opère dans ses protagonistes pour devenir une meilleure version d’eux même. À travers ces combats c’est la représentation des deux versants que sont le bien et le mal qui réside en nous, ce combat finit par une paix intérieure qui est la seule à pouvoir amener vers une vraie liberté. Une liberté, qui bien souvent à un prix, la fuite comme dans Blade Runner, la mort comme dans Gladiator ou Thelma et Louise, l’échec comme dans a Armes Égales ou Les Associés… Bien souvent, le prix à payer est cher.

D’ailleurs, il est à noter, que film entre littéralement en résonance avec Gladiator et semble en être le pendant moyenâgeux. Tous les deux partagent l’histoire d’un homme hanté par le père (réel ou symbolique) dont l’enseignement, que ce soit conscient ou pas, va définir son avenir. À travers la quête symbolique de porter la parole du père, il va se retrouver à affronter l’ordre établi, un ordre représenté par un être diabolique se réclamant de droit divin. Mais Robin Hood pousse encore l’image plus loin en faisant de son héros une figure christique portée par la raison et la philosophie plus que par le mysticisme.

Les 30 premières minutes du film synthétise parfaitement ce que cherche à nous dire le film. Un pouvoir inepte, un clergé castrateur et le peuple qui meurt de faim ou au combat. Robin Longstride incarné par Russel Crowe nourrit, est courageux, rejette la caution divine quand son roi lui demande si leur croisade sera appréciée par dieu. Sa capacité à l’insurrection et à unir un groupe nous le rend immédiatement attachant, Scott dépeint un révolutionnaire un être dont la destinée est vouée à faire changer les choses. Un homme dont l’honnêteté, malgré sa basse extraction, en fait un héros qui s’ignore. Il est cette soif de liberté qui sommeille en chacun de nous, mais qui a la force de s’exprimer.

J’apprécie énormément la gestion des « enfants de la forêt ». On les voient dans la scène d’ouverture dont l’ambiance sonne tellement fantastiques. Dans l’obscurité, ces êtres masqués, qui viennent dépouillés Marianne, et ne semble pas avoir peur de la mort, plus tard les effets très Sam Raimien avec ses travellings très rapides vers l’avant appuie encore cet aspect fantasmagorique de la foret de Sherwood et de ses occupants. Ceux-ci se révéleront être des enfants renforçant la dramaturgie. Après la peur qu’il pouvait inspirer c’est la pitié, ils sont les enfants perdus de Peter Pan excepté que s’ils ne grandissent jamais ce ne sera pas un choix.

Le film même s’il s’attarde sur l’histoire de l’homme qui deviendra héros n’est pas exempt de vrai moment de bravoure mené de main de maître. De l’attaque du château de Calus à la dernière bataille simulant un débarquement français ou Ridley protège coûte que coûte l’insularité de son pays natal.Le cœur du film se concentrant sur un jeu de dupe ou la vérité qui réside dans le cœur n’a que faire des apparences.Et, comme que je le disait précédemment, la croisade quasi christique de Longstride trouvera son point d’orgue dans ce long final.

Après avoir appris la vérité sur son père, Robin va récupérer les documents jadis signés par tous les barons et s’engageant à réformer la politique du pays pour les porter aux peuples (les Tables de la loi). Une fois au combat Robin sera immergé dans l’eau, comme purifier, il abattra le traître qui était prêt à vendre son pays (je l’espère pour plus de trente deniers) et finira par rendre le souffle de la vie à Marianne. Le metteur en scène transcende le parcours de son héros empruntant tous les chemins de la mythification, mais dont les fondements sont l’humanité, la raison et la philosophie. Scott transcende le perceptible et valorise le regard. Un très grand film non dénué d’un humour noir assez présent et qui fut pour moi un vrai grand plaisir. Et, je fais mon mea culpa, le premier vrai grand blockbuster des années 2010.


Robin Hood de Ridley Scott sortie au cinéma le 12 mai 2010 et à la vente depuis octobre 2011

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2 réponses

  1. borat8 dit :

    J’ai toujours apprécié ce film, qui est au passage le dernier Ridley Scott que j’apprécie et pourtant qu’est-ce qu’il s’en était pris dans la gueule. Une très bonne réalisation, de bons acteurs, ainsi qu’une relecture intéressante .

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