Qu’est ce que la cinéphilie

Qu’est ce que la cinéphilie

Vaste débat qui enflamme de manière plus ou moins régulière nos bien aimés réseaux sociaux. Bien souvent la haine et la vindicte oppose deux camps :

  • D’un côté les Jean Kevin prompts à vous remettre en cause, car le fait d’aimer un film populaire et d’en faire part au plus grand monde remet, de fait, en cause toute votre cinéphilie. Et il vous balancera au visage, tel un camouflet, deux trois titres facilement trouvable dans n’importe quel top des 100 des plus grands films de l’histoire vous expliquant avec force injures et bien peu d’arguments que ceci est le vrai cinéma. Ceci vaut également lorsque vous avez le malheur de ne pas apprécier un film qu’il faudrait communément encenser.

  • D’un autre côté les Jean Michael qui aiment bien partager leur passion, qui acceptent avec fierté toute forme de flatterie assurant leur égo. Mais qui paniquent à toute forme d’opposition et qui prennent toute forme d’avis contraire, même déclamé avec force amabilités rhétorique comme un pur acte de haine et une remise en cause de sa personne en tant qu’être humain. Il vous répondra en martelant son clavier de ses petits poings potelés que vous n’êtes qu’un égocentrique élitiste et que ce n’est pas parce qu’il a apprécié « glisser ici la dernière merde à la mode » qu’il n’est pas un cinéphile. Puis balancera un thread, un post… pour recevoir un peu d’amour de sa communauté et le rassurer quant à la validité de ses goûts.

Mais tout ceci est bien magnifique, mais pris dans cette paranoïa ambiante, il devient de plus en plus difficile de juste parler cinéma. Mais pour en revenir à la question de base la cinéphilie est un mot, est comme tout mot elle à une étymologie qui lui donne un sens. « Aimer le cinéma » bien souvent des gens cherche à clore le débat à ce moment. Cinéphile, veut dire aimer le cinéma. De façon totalement arbitraire, on considère aimer le cinéma donc on est cinéphile, fin de la discussion. Mais en fait non, certes les mots ont du sens, mais celui-ci évolue avec le temps. Il y a un contexte, la façon d’accéder et de consommer du « cinéma » a bien évolué. Il n’y a encore pas si longtemps alimenté son désir, sa passion de films demandait une forte implication personnelle. Allez au cinéma de façon régulière avait un coût, on se rendait dans nos vidéos clubs préférés et l’on fouillait dans les milliers de références pour y trouver la perle. Bien souvent dans notre cercle d’amis, familial, on était connu comme la personne qui aime les films et dès qu’une question se posait les regards se tournaient vers vous. Et d’un air consommé, faussement blasé et agacé c’est avec fierté que l’on répondait aux questions et même à celle qui n’étaient pas posés. Histoire d’asseoir encore plus sa légitimité.

Voilà une époque ou finalement le simple fait de voir beaucoup de films suffisait quasiment à faire de vous un cinéphile, ceci plus les magazines que l’on attendait avec impatience guettant leur sortie avec fébrilité à notre librairie. Mais à présent, voir beaucoup de films est à la portée de tout le monde. Visionné 200, 300 films par an n’a plus rien d’exceptionnel pour quiconque possède un quelconque intérêt pour cet art. Carte illimité, VOD, téléchargement légal, illégal, plate forme de streaming, Netflix, avachi sur son canapé on peut profiter d’un nombre de films incalculable qui aurait impliqué il y a plus de 20 ans quelques kilomètres parcourus. Donc on pourrait raisonnablement penser que ce simple critère ne suffirait plus à définir une cinéphilie. Si le mot peut correspondre à tout le monde il finit par n’avoir plus de sens et autant ne plus l’employer. Par contre si on veut lui conserver un sens fort, il doit conserver un caractère restrictif. Et là, oh mon dieu, malgré toute cette diarrhée verbale je me rends compte que l’on en revient à la question de départ. Aujourd’hui et dans notre contexte qu’est-ce qu’être cinéphile.

En un mot la curiosité. Allez chercher au-delà de ce qui nous apporte un plaisir immédiat. Ne pas hésiter à se faire souffrance pour allez rechercher des émotions autres. Comprendre la multiplicité de cet art et ne pas hésiter à l’entreprendre. Il n’est pas question d’aimer tel ou tel film, d’apprécier tel ou tel genre, mais vouloir approfondir, élargir sa vision. Au-delà des a priori, expérimenter. Ne pas s’enfermer dans des certitudes préconçues, mais voir, voir pour savoir, et ensuite être en capacité de poser des mots sur ses amours ou désamours. Il n’est pas honteux de ne pas aimer 2001, l’Odyssée de l’espace, mais il est un peu plus problématique d’avoir un avis définitif juste parce que l’on a entendu qu’il pouvait être long et abscons. Il n’est pas honteux de ne pas avoir encore vu certains films, de ne pas connaître certains réalisateurs. Une passion cela se construit avec le temps et bien souvent elle démarre par l’actualité et les films de notre génération.

Une cinéphilie devrait se définir par une quête permanente de la connaissance. Un film même le plus populaire à du sens. Du sens volontaire, voulu par son créateur et plus ou moins lisible et compréhensible dès son premier visionnage et selon nos affinités. Mais également un sens involontaire, dans le fait qu’un film se veut une certaine image de son époque. Et, selon sa façon d’entreprendre le rire, l’action, le drame… peut nous en dire énormément sur l’époque à laquelle il est sorti. Un cinéphile devrait vouloir chercher le sens au-delà des images, finir par s’intéresser aux réalisateurs, directeur de photos…, à la mise en scène, le montage… tous les outils permettant de mieux appréhender leur passion. Car l’on parle bien ici de passion, il n’y a aucune obligation d’envisager le cinéma sous cet angle. Mais, si l’on envisage le terme cinéphile en tant que cercle restreint d’amoureux du cinéma. Il doit avoir le désir d’allez au-delà du simple divertissement. Il n’est pas indigne d’en apprécier uniquement la force de divertissement, mais par la même il n’est pas péjoratif de pouvoir estimer que vous ne faites pas partie de ce cercle restreint et difficilement cernable il est vrai.

Évidemment, comme tout ce qui est subjectif libre à vous de ne pas souscrire en partie ou totalement à mes propos. Voilà, de façon bien résumée, ma pensée globale sur le sujet écrite d’une traite. Si vous voulez approfondir le thème, vous savez ou me trouvez. Si vous désirez m’approfondir de façon moins cordiale sachez que je suis armé et que mes poings potelés peuvent faire preuve d’une violence indicible. En tout cas, peu importe ou vous situez allez voir des films c’est tout ce qui compte.

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