Overlord, nazexploitation ?

Overlord, nazexploitation ?

Voilà un film qui était passé complètement sous mes radars. Je ne connaissais même pas son existence avant de voir par le plus grand des hasards sa bande-annonce. Et quelle bande-annonce, sur fond de débarquement de la Seconde Guerre mondiale, une troupe ayant pour mission la destruction d’une antenne dans un village français se verra confronter à des monstres issus d’expérimentation nazie. Il ne m’en fallait pas plus pour exciter le jouisseur régressif qui ne sommeille pas assez en moi. Quand bien même ladite bande-annonce n’était pas des plus engageantes. C’est donc le cœur empli d’espoir que je m’apprêtais à pénétrer la salle obscure et sachez que ceci n’est aucunement une métaphore à connotation sexuelle. Je m’attendais à des cris et des larmes, ce que je ne savais pas c’est que ce serait les miens.

Une introduction assez efficace, mais à l’écriture incroyablement caricaturale parvient tout de même à garder attentif le spectateur. Introduction classique nous posant le contexte et permettant de faire connaissance avec la troupe que nous allons suivre. Tous les archétypes y passent la grande gueule, le taiseux mystérieux, l’oie blanche, la victime… Mais bon, admettons ce que ce n’est pas de ce côté que se fondait nos espoirs, laissons à l’histoire le temps de poser ses bases et voyons ou tout cela nous mène. Malgré les paresses d’écriture et les influences tellement prégnantes que l’on a l’impression de voir à travers le calque du film tous les autres scénarios qu’ils pompent allégrement la scène est assez immersive. Les péripéties s’enchainent et quelques bonnes idées émergent, la caméra au plus prêt de Boyce lors de sa chute libre qui implique totalement le spectateur même si elle fait pâle figure en venant après celle de Mission Impossible : Fallout. Quelques plans très soignés aguichent le regard notamment celui ou l’on voit les corps des parachutistes morts pendus aux arbres sur fond de lumière orange.

Malgré tout, rien de grandiose, on sent bien que l’on ne va pas avoir droit au succès surprise horrifique de l’année. Mais pourquoi pas un vrai plaisir. Malheureusement à ce moment le film s’enlise, le scénario enfonce ses petites pattes sans génie dans un bourbier dont il ne se relèvera jamais. Car en plus d’être convenu le scénario s’appuie sur un casting au charisme d’huitre que n’auraient pas renié les ostréiculteurs d’Oléron. Le film met un temps fou à accepter de délivrer les promesses faites dans le pitch et dans les bandes-annonces. On s’enfonce dans une succession de scène vue mille fois, appuyé par des dialogues indigents, récité péniblement péniblement par des acteurs sans âme. Plus d’une heure avant que la vraie histoire se lance. Plus d’une heure d’atermoiements entre militaires en goguette qui ne cesse de décider qu’il faut se décider. La tension à ce moment-là, n’est pas loin de m’amener tout proche de la paralysie cérébrale. Quelques tentatives de réanimation seront vainement tentées. Comme cette scène ou l’officier allemand pénètre dans la maison occupée par nos soldats US espérant son réconfort quotidien de notre accorte propriétaire tandis que nos GI planqués au grenier restent prêts à bondir. Absolument rien ne va, du jeu des acteurs au montage en passant par les choix de mise en scène. À aucun moment Julius Avery ne parvient à jouer avec le spectateur, à le prendre par surprise. Il ne sait pas jouer avec les dits et les non-dits, avec le hors champ, avec ce qui nous a été montré et ce que l’on ne sait pas. Il aurait du revoir Inglorious Bastard, histoire de nous éviter cet affront occulaire.

Devant cette gabegie sans fin, mon désespoir et mon épuisement ont failli avoir raison de moi. Quand, enfin, le mystère pointe le bout de son nez et se révèle à nos protagonistes qui, s’ils ont été payés au talent, risquent de ne pas pouvoir fêter Noël. Innocemment, je me dis que le film est parti sur les rails de ma mansuétude et que le spectacle tant promis va enfin démarrer. Naïf que je fus, entre décision improbable, temps mort et choix désastreux le métrage parvient à ne jamais s’accepter pour ce qu’il est ou en tout cas ce qu’il aurait dû être. Au détour d’un plan, on verra quelques effets grand-guignolesques de cadavre, de tête parlante dans un décor de laboratoire de savant fou. Mais toutes les possibilités ne seront jamais exploitées et resteront en filigrane, le filtre de ce qui aurait pu être avec des moyens et de l’ambition. Et ce n’est pas le final rachitique en émotion comme en frayeur qui me détrompera. Trop dans un schéma de film de guerre classique sans originalité il ne plongera jamais comme Une Nuit en Enfer à son époque, totalement dans le genre qu’il essaie d’exploiter. Le film à éviter du mois, qui se prend pour ce qu’il n’ose être et qui se vend pour ce qu’il n’est pas.

Avant d’en finir avec ce cri de dépit, je reviendrai sur deux points précis qui me semblent pertinents sur l’indigence de l’écriture du film. Ford, qui deviendra le chef de l’expédition, en début de métrage nous est présenté comme mystérieux et tous se questionnent sur les raisons qui ont poussé son affectation dans leur régiment. Ce fait ne reviendra jamais tout au long du film, on pose une intention pour ensuite ne jamais l’utiliser. Je ne sais pas à quel point les possibles réécritures ont amputé le film de sa substantifique moelle. Mais laisser ceci en l’état, c’est prendre son public pour des idiots. Autre point, le saut en parachute de Boyce en début de film, il finit par tomber à l’eau et couler. À l’aide d’un couteau, il coupe ses lanières et finit par remonter à la surface pour littéralement percer la toile du parachute et passer sa tête à travers une sorte de renaissance de l’homme une fois en territoire ennemi. Cette scène joue trop sur les symboles pour ne pas avoir de sens. Mais là encore, tout le reste du métrage ne va pas en ce sens ce qui rend la scène ainsi qu’elle nous est présenté comme absolument inutile. Cela aurait pu être pris en contrepoint des monstres qui semblent en gestations dans des poches blanches assez similaires à la toile du parachute, mais ce n’est pas utilisé. Et de toute façon le héros du film n’évolue jamais. Il est la syncrétisation sans âme de tout ce que doit être un héros dans l’imaginaire désincarné de producteurs avides.

Malgré tout, allez voir des films, les colères ne supplanteront jamais les plaisirs que peuvent nous apporter le cinéma. Mais si vous avez aimé ce film, je suis curieux de connaitre vos raisons.


Date de sortie :  21 novembre 2018 (1h 50min)

Réalisé par : Julius Avery

Scénarisé par : Billy Ray, Mark L. Smith

Bande annonce :

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