Nicky Larson et le Parfum de Cupidon, Lacheau m’a pris à froid

Nicky Larson et le Parfum de Cupidon, Lacheau m’a pris à froid

Dans un état de faiblesse extrême, tant physique que spirituelle, je me suis laissé convaincre d’aller voir Nicky Larson. Les critiques, globalement plutôt positives, sans me mettre totalement en confiance, me laissaient suggérerez, l’éventualité d’un divertissement honorable, à défaut d’un grand film de comédie. Et comme dirait ce bon vieux Jack Slater, « Monumentale erreur ». Dans l’œuvre d’un homme, on doit y voir un peu transparaitre ce qu’il est vraiment. Je crois donc que l’on peut dire que Lacheau est un gros beauf qui n’a pas grandi depuis les années 80.

À aucun moment, il n’a compris ce qu’est un travail d’adaptation. Comprendre la substance de ce que l’on adapte et le transposer dans un médium différent ou les règles sont par essence différent et ne peuvent s’accommoder de trop de littéralités. Lacheau, semble n’avoir retenu de l’animé, que trois choses de ces plaisirs adolescents devant le club Dorothée. Du cul, de la baston, des armes à feu. Le tout englué dans un rire souvent gras à l’écriture répétitive. City Hunter, dans son titre original, n’était pas que ça.

Plongé dans le quotidien d’un quartier rongé par la violence, tant physique que sociétale, un homme voue son quotidien à offrir ses services aux plus faibles. Gangs, Yakusa, tueurs en séries… la série s’inscrit dans un univers glauque ou la personnalité truculente de son protagoniste principal ne sert qu’ à désamorcer la violence sous-jacente. Elle fait office de contrepoint avec le sérieux et la dangerosité des missions qui se dévoile à nos yeux. Nicky Larson est un obsédé qui ne semble se mouvoir que par l’espoir d’obtenir des faveurs sexuelles. Mais il est bien plus que ça.

Il est un ancien mercenaire qui a connu les horreurs de la guerre. Il est un professionnel accompli, et, lorsque la situation l’exige, sait faire preuve d’un sérieux que son quotidien ne pourrait laisser croire. Ne garder que l’aspect graveleux et humoristique et centrer son récit autour de ça n’est pas loin de la faute professionnelle. La mission qui consiste à récupérer un parfum pouvant rendre n’importe qui amoureux de soi, n’est déjà qu’un prétexte pour générer de l’humour. Le nœud de Nicky Larson c’est cette ambivalence quasi antinomique entre le sérieux et l’humoristique, entre la violence et le grivois.

Ce qui renforce l’attachement au personnage principal c’est justement que la légèreté qu’il affiche par rapport à l’homme qu’il est vraiment. Toujours aux portes du harcèlement le plus abject, mais qui n’est là que pour représenter des femmes fortes, qui jamais ne cède face à lui. Et bien que jouant de son image de coureur, on comprend très vite qu’en réalité il ne cherche jamais réellement à conclure. C’est d’ailleurs pour s’en assurer qu’il use de biais aussi excessif. C’est pour toutes ses raisons et bien d’autres que je ne comprends pas la dithyrambe de tout ceux s’appelant fans du personnage.

Quand la vaine imitation sans fond suffit à contenter tout un public enamouré. Tout prêt à s’extasier la bave aux lèvres devant une musique originale reprise au détour d’un plan. La vacuité d’un public dont les amours et désamours me deviennent de plus en plus incompréhensibles. Mais je m’attarde sur les loupés de l’adaptation sans me concentrer sur le film. Est-ce que malgré tout le métrage reste un divertissement honorable. Eh bien non, et trois fois non mêmes. Les qualités d’acteurs de son réalisateur n’aidant clairement pas. Lacheau est un comédien exécrable, et ses compagnons de la bande à Fifi ne dépareillent pas.

L’écriture du film est d’une telle pauvreté, les références, glissées à coup de maillet dans nos gueules. Un running gag pénible qui durera jusqu’à la dernière minute. Et la mission, le cœur du film, l’élément déclencheur de tout ce qui va suivre et d’un tel mauvais goût. Un élément qui va déclencher une succession de gags uniquement centrés sur le fait qu’il est tellement drôle qu’un homme puisse aimer un autre homme. Car évidemment, c’est tellement étrange, que superposer le comportement d’un homme amoureux au fait qu’il déclame sa flamme à un autre homme ne peut qu’être hilarant.

Je ne suis pas spécialement un guerrier de la non-discrimination, un pourfendeur de l’oppression guettant la moindre vague erreur pour m’arroger le titre de chevalier blanc. Mais en 2019 on ne peut plus rire comme en 1985, ce n’est pas de la censure, mais juste une évolution sociétale. Avec le temps, le regard change et les perceptions changent, et l’humour doit faire de même. Plus personne n’oserait faire un sketch en prenant un accent grossièrement africain en disant « toi je vais te manger ». Les formes de caricature évoluent, car on est censé mieux comprendre celui qui est caricaturé. Mais Lacheau semble enfermé dans un bulle ou rien n’a bougé depuis 40 ans.

En ne basant l’intégralité du film que sur le rire, le métrage en perd tout sens du rythme et devient rapidement très convenu. Le montage n’aidant pas, et appuyant souvent le côté enchainement de sketch, ceci surtout en début de métrage. Reste, quelque scène de baston vaguement inspiré, mais toujours court-circuité par le besoin inextinguible de son metteur en scène d’y adjoindre à tout prix du gag. Tarek Boudali et Julien Arrutti en sidekick éprouvant dont les storylines sans intérêt ne sont la que pour aider le film à tenir 1h30.

Un splendide raté, qui au détour de quelques scènes peut déclencher un sourire. Un film, qui se pare des oripeaux d’une oeuvre, incomprise, mais qui l’est juste assez pour titiller la zone érogène de certains fans. Souvent, source de malaise, joué par une bande d’amateur à qui l’on donne trop d’importance. Lacheau se rendra compte un jour qu’avant d’être un Philippe de Broca ou un Gerard Oury il lui reste du chemin à parcourir. Une nouvelle comédie, creuse, dont le seul intérêt est de dépareiller visuellement du tout-venant habituel.


Date de sortie : 6 février 2019 (1h 31min)

Réalisé par : Philippe Lacheau

Scénarisé par :  Philippe Lacheau

Direction de la photo : Vincent richard

Bande annonce :

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Cet article a 2 commentaires

  1. J’aime bien les Grenier et autres de ses potes qui ne valorisent le film que parce que t’as du cul, des mecs en cosplay et des personnages spécifiques, prétextant ainsi que le film est fidèle. Ben non une adaptation qui plus est de Nicky Larson ou de City Hunter ce n’est pas que ça. Dans ce cas si je les suis Dragon Ball Evolution est fidèle au manga car le héros a une coupe en pique, s’appelle Sangoku et a la tenue traditionnelle de combat. Ah ben non là ça ne marche pas. Une adaptation c’est des acteurs qui sont crédibles dans les personnages (et aussi bien écrits) même avec les mêmes vêtements. Ce que n’est pas Lacheau qui à part bomber le torse pour montrer qu’il a fait de la muscu, avoir la mâchoire serrée durant les scènes d’action et avoir les yeux écarquillés lorsqu’il voit un cul, n’est pas charismatique pour un sou. Puis alors la scène du frère de Laura avec Personnaz qui joue comme un pied (je ne sais pas s’il fait exprès d’être ridicule ou s’il est ridicule tout court) purée… Puis les références au Club Dorothée, ça va une ou deux fois pas dix. Là aussi c’est lourd.

    1. Le mec à travaillé le cosmétique, flatté la rétine nostalgique, n’a conservé que le filigrane de ce qu’est le personnage et tout le monde s’extasie.

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