Mortal Engines, pourquoi si mal-aimé

Encore un film dont j’ai appris la connaissance au détour d’une bande-annonce projeté avant mon film du jour. Bande-annonce intrigante qui à défaut de me redresser la turbine à bonheur avait su susciter l’intérêt en moi. Pour ceux me lisant régulièrement vous savez que j’évite de lire ou écouter toute critique approfondie avant de voir un film. Mais il est bien difficile d’éviter tout le reste. Et il est peu de dire que les premiers retours n’étaient guère motivants. C’est donc le cœur lourd et les yeux prêts à couler que je m’asseyais.

Pour les rabat-joies, oui je sais, il s’agit d’une énième dystopie. Vu que les dernières ont connu un succès vraiment relatif. Et que certaines, ne verront même pas leur fin produit en salle. L’entreprise ne semble pas partir sous les meilleurs auspices. L’histoire et donc celle de la terre ayant subi une apocalypse. Suite à celle-ci, le monde c’est érigé en cités mobiles. Les plus grandes absorbant toutes celles pouvant leur apporter des ressources. Tom Natsworthy et Hester Shaw, dont le destin va les amener à se rencontrer, vont partir dans une quête qui visera à empêcher la cité de Londres à récupérer une arme antique. Une de celle à l’origine de la fin du monde tel qu’il était.

Alors je peux comprendre le désamour ambiant régnant autour du métrage. Il emprunte des chemins maintes fois parcourus. Et, de prime abord, l’absence de surprise dans la trame narrative peut décevoir. Tous les codes semblent respectés avec déférence, parfois trop. L’héroïne vengeresse à la destinée imposée par son ascendance. Le héros, lui aussi conditionné par la perte qu’il a subie. Et, en raison de son iconisation, en tant qu’archétype amoureux, va insuffler des sentiments et adoucir notre héroïne et l’aider à accomplir sa destinée.

Jusqu’ici rien d’original. Et, cela n’est pas forcément aidé, par le casting. Robert Sheehan qui incarne Tom a le charisme d’une huître régurgité. Hera Hilmar sauve les meubles, même si son air renfrogné permanent manque de subtilité.Le reste du cast s’en sort à peu près, mais leur caractérisation reste légère. Même, si généralement, la mise en scène parvient initier l’émotion que leurs prestations parfois défaillantes ne permettraient pas. Mais là où le film remporte le morceau, c’est son visuel. À l’orée du steampunk, aux nombreuses influences évidentes, mais à la juxtaposition de celle-ci brillante.

Un vrai régal pour les rétines. Une cité massive et menaçante, une cité prison insectoide, une cité dans les nuages… tout est là pour impressionner. La première course poursuite traduit immédiatement la nature des relations qui existe. La cité de Londres en forme d’urbanisme sauvage, détruisant tout sur son passage. Cherchant l’absorption à tout pris. Dans l’incapacité de s’auto suffire sans parasiter la vie qui l’entoure. La fuite est désespérée et la ou les petites cités s’échappent en faisant corps avec la terre en utilisant ses dénivellations. Londres écrase et abat. Une partie du film tourne autour de l’urbanisation outrancière en marche permanente. Contre une forme de symbiose avec la nature incarnée par la cité fixe de Shang Guo.

Dés l’introduction, il est mis en avant que la cité de Londres reproduit les schémas des temps anciens. Un système social pyramidal est en place, ou la misère règne. Il est juste dommage que cela ne soit pas plus développé au-delà de son introduction. Même, si les images de liesse, lorsque la bataille débute ou riche comme pauvre semble en joie. Reste assez symbolique d’un mal de notre temps ou la désignation d’un mal commun peut faire oublier nos différences. La mise en scène de la fuite, conséquence de la tentative d’assassinat, est brillante. Terriblement rythmé et immersive. Par le biais de cette course effrénée, le réalisateur nous donne à voir le mode de fonctionnement de cette cité. Comment utiliser une péripétie pour nous en dire plus sur son monde sans ralentir la narration.

Ce que l’ont peut regretter, c’est la sous-exploitation de certains personnages secondaires. Certains ne vont pas au-delà de leur fonction, et disparaisse, une fois leur tâche accomplie. On peut regretter qu’Anna Fang, par ailleurs assez charismatique, donne si peu à quoi s’accrocher. Mon autre grand regret de ne pas avoir plus approfondi l’effet miroir entre Hester Shaw et Katherine Valentine. Alors que, de par leur histoire tout semble y prédestiner. On semble n’en effleurer que la surface. Un père respecté, mais haïssable désirant faire renaître les armes anciennes. De l’autre, un père d’adoption hait, mais attachant, désirant s’absoudre de son statut d’arme d’un ancien temps. Qui plus est les deux ayant vécu sans leur mère. Toutes les cartes semblent distribuées, mais les deux heures du film ont dû être trop légères pour l’incorporer à la trame de façon efficace.

Un film que, malgré ces nombreux défauts, j’ai grandement apprécié. Dont la simplicité, réelle, est une force. Elle lui permet de développer un canevas cohérent, efficace, ayant un début et une résolution tout en ne laissant rien en plan. Des protagonistes un brin caricaturaux, qui plus est pour les habitués du genre. Mais assez bien dessiné pour tout de même déclencher un certain attachement au spectateur. De vrai moment d’émotions, comme la mort d’un certain personnage ou la mise en scène, la musique et le flash-back rendent vraiment la détresse palpable.

Un film simple, simpliste pour les plus méchants. À l’efficacité indéniable. Doté d’une solide mise en scène ne lésinant pas sur les grands mouvements de caméras, travellings zénithaux, plan d’ensemble magnifique. Nous faisant vraiment profiter d’une expérience cinématographique. Quelques bémols sur l’action quand elle concerne des combats rapprochés, ou le découpage rend le tout peu lisible. Une musique qui ne restera pas dans les mémoires, mais apporte du souffle épique quand il faut Et sait appuyer les instants d’émotions. Pas une totale réussite, mais un vrai plaisir à voir. Quel dommage que le bide intersidéral qu’est en train de subir le film le condamne à ne jamais avoir de suite. Mais rassurez-vous, il se suffit malgré tout à lui-même.


Date de sortie : 12 décembre 2018 (2h 08min)

Réalisé par : Christian Rivers

Scénarisé par :  Fran Walsh, Philippa Boyens, Peter Jackson

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2 réponses

  1. borat8 dit :

    Pas un chef d’oeuvre, mais un film généreux, dingue, bien fait, divertissant, avec des personnages féminins géniaux, un excellent antagoniste, un autre plus intriguant. Puis au moins t’as une fin. Comme si Jackson, Boyens, Walsh et Rivers avaient anticipé son bide malheureux.

    • Lionel Bremond dit :

      Oui on en a déjà parlé c’est pas le meilleur dans le genre, il y a certes de nombreux défauts mais putain de vrai plaisir.

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