Les Veuves, ambivalence des sentiments

Les Veuves, ambivalence des sentiments

Je pressens qu’il va être particulièrement long et douloureux de parler de ce film. Je ne l’ai pas détesté, la qualité de la mise en scène, un casting assez prestigieux, le nom ronflant de son metteur en scène dernièrement oscarisé, le place par essence au-delà du tout venant. Mais force est d’admettre qu’il n’a su susciter en moi qu’un intérêt poli. Et je crois, qu’il n’y a rien de pire, que de sortie d’une salle de cinéma et d’avoir pour seule réponse un léger haussement d’épaules couplé d’un mouai désabusé. Et pourtant, c’est le cœur léger et du désir plein les yeux que je me rendis à ma salle de ciné préférée. Après Hunger son premier film qui m’avait passionné, Shame dont je suis passé totalement à côté et qu’il me faudra rattraper un jour et 12 Years of Slave qui m’avait laissé circonspect. Je n’avais pas vraiment de certitude absolue quant au metteur en scène Steeve McQueen.

Le réalisateur, pour la première fois, s’essaie à un genre somme toute difficile, même s’il fut raconté de maintes fois, le film de braquage. Et si l’on s’arrête dans un premier temps plus particulièrement sur cet aspect du film, il faut admettre qu’il est extrêmement convenu. Sa narration égrène tous les clichés inhérents du genre. Le tout, sans jamais ni les transcender ni les contourner. Contourner pour en apporter une vision nouvelle qui appuierait profondément le propos. Mais là, le genre entrepris ne sert que de filigrane pour nous conter l’histoire de ses personnages. Et en soi cela ne serait pas problématique, si le croisement de ces deux intentions était fait de manière plus limpide. On sent vraiment trop ou porte le regard et le réel intérêt du réalisateur. Ce qui produit un vrai déséquilibre dans le film. En plus, les influences se font clairement ressentir dans la partie braquage du film et souvent les comparaisons se font plutôt en sa défaveur.

Manquant singulièrement de rythme, ne voulant pas sombrer dans la facilité pour conserver cet aspect pesant. Ce qui en soit est totalement cohérent vu le ton du métrage. Mais poser toutes ses louables intentions pour finalement enchainer les mêmes péripéties et retournements de situation que l’on a pu voir dans nombre de films. Recrutement de l’équipe, préparation du plan, récupération du matériel, faire une reconnaissance des lieux, le twist que « personne » n’avait vu, la perte du chauffeur remplacé au dernier moment… De la façon la plus scolaire qui soit McQueen use d’un genre dont il semble ne vouloir rien faire. Car oui il raconte avant tout une histoire humaine, celle d’une reconstruction face à la perte, celle du refus d’un modèle oppresseur qui se doit de changer, celle d’un monde qui nous renvoie une image à annihiler pour faire naître un être nouveau.

Sincèrement, si toute cette partie avait été réellement brillante, j’aurais pu faire fi du manque d’entrain que pouvait générer la partie cambriolage. Mais, encore une fois, les intentions sont bonnes, et formellement le tout s’avère bien souvent très beau et pertinent. Mais cela pâtit d’une écriture mollassonne qui s’éparpille entre un trop grand nombre de personnages. Sorte de film chorale, ne s’attardant jamais vraiment sur personne, hormis Viola Davis tout de même, le métrage développe des archétypes fonctionnels, mais manquant singulièrement de finesse. Le tout est vraiment sauvé par l’ensemble du casting très impliqué et apportant, de par leur jeu, une vraie épaisseur à leurs personnages la ou le scénario échoue.

Colin Farell doit accepter un héritage politique qu’il ne souhaite pas et semble devoir être le dépositaire de cette frange blanche et raciste qui côtoie le pouvoir. Brian Tyree Henry, gangster voulant se convertir à la politique, cherchant à renier son passé violent, que les agissements de son frère semblent rendre impossible. Viola Davis, Michelle Rodriguez et Elizabeth Debicki symbolisent à travers leur ancien mari toutes les tares et oppressions que peuvent subir les femmes. Et tout ce panel de personnages va vivre tout au long de ces deux heures la nécessité du changement. Mais ce qu’appuie le film, c’est qu’au bout du compte seules les femmes auront le courage de se remettre en compte et provoquer le changement. Le monde évolue et l’homme semble compris entre deux groupes. Ceux ne désirant pas le changement et ceux en sentant la nécessité, mais dont l’inconstance les empêcheront de faire avancer quoi que se soit. Encore une fois, traité cette thématique est fort intéressante mais le tout pâtit d’un montage et d’une écriture en berne.

La mise en scène par contre est de fort belle facture. Appuyant le propos, inventive. Doté d’une photo immersive et sachant jouer de l’éclairage et des couleurs pour asseoir les disparités sociales. L’ensemble est ce qui sauve clairement le métrage de l’ennui qui aurait pu guetter. Jouant des reflets appuyant les non dits, objet de transition pour des flashbacks. Variant les valeurs de plans, le positionnement de ses acteurs pour figurer par l’image les rapports de force. Jouant de la symétrie de ses plans, souvent pour placer le personnage interprété par Daniel Kaluuya au centre, en contrepoint. Renforçant son aspect diabolique, vraie figure brutale, coupant toute forme de linéarité. Un film rempli de qualités, mais dont le trop grand nombre de défaut ont clairement terni mon enthousiasme. Certaines scènes s’éternisent sans forcément apporter un surplus d’émotion et font plus ressentir une envie de stylisation à outrance. Voilà un film qui m’énerve, car il n’était pas si loin de se révéler particulièrement brillant. Je ne peux malgré tout que le conseiller, car malgré les défauts que je mets en avant il reste largement au-dessus d’un grand nombre des sorties de la semaine.


Date de sortie :  28 novembre 2018 (2h 09min)

Réalisé par : Steve McQueen

Scénarisé par : Gillian Flynn, Steve McQueen, Lynda La Plante

Bande annonce :

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