Les Nerfs à Vif, viens à moi petit boogeyman

Les Nerfs à Vif, viens à moi petit boogeyman

Pour changer un peu de l’actualité nous allons revenir quelques années en arrière, en 1962 pour être plus précis. Nombre d’entre vous, j’imagine, connaîtront ou auront vu le remake du film dont je vais vous parler, mais ici nous allons nous attarder sur l’oeuvre originale. Adaptation d’un livre de John Dann MacDonald, le film voit se confronter Gregory Peck à Robert Mitchum. Mitchum est Max Cady, fraîchement sorti de prison et bien décidé à faire vivre l’enfer à celui qu’il juge responsable de son incarcération, l’avocat Sam Bowden interprété par Peck. J. Lee Thompson est loin d’être un grand réalisateur, une filmographie disparate ou le bon côtoie bien souvent le quelconque, voire le mauvais. Mais ici, on a affaire à une de ces rares éclaircies qui vous font basculer un nom dans l’intemporalité.

Des la scène d’ouverture, Cady nous est présenté comme une force inexpugnable allant toujours de l’avant. Dans son costume blanc « virginal » rien ne semble avoir de prise sur lui. Faisant fi de toute forme de civilité passant de la concupiscence, à l’absence de savoir-vivre, au regard proprement menaçant il est la force primale qui pénètre littéralement le temple qui tient la civilisation en ordre, un tribunal. Tout au long d’un suspens savamment dosé, il sera celui qui fera voler les certitudes en éclat. Le révélateur de la bête qui sommeille en chacune de nous.

Tout au long des deux tiers du métrage, Sam Bowden, est nous, par extension, allons être confrontés à l’illusion de sécurité que les institutions mises en place peuvent représenter. Une police incapable à prévenir le crime, mais qui, par népotisme, sera prête à enfreindre les lois qu’elle est sensée faire respecter. Le doute s’instille déjà et le questionnement se pose, que doit-on faire face à une menace certaine. La certitude doit elle être appréhendée par une justice proactive, ou s’arrête le droit de l’individu. Un questionnement que l’on retrouvera dans le magnifique Minority Report de Spielberg.

Tout au long du film, la menace se faisant de plus en plus prégnante, les personnages, se retrouveront de plus en plus en enfermés dans le cadre. Engoncée dans une cabine téléphonique, en gros plan derrière une grille, la famille Bowden est de plus en plus isolée. Et alors que la première confrontation voyait Mitchum être humilié dans le commissariat, contraint de se déshabiller, entouré de personnes hostiles, la deuxième sera un face à face, ou les deux antagonistes se feront face d’égal à égal, seulement séparés, par la représentation de la faiblesse structurelle de la justice, un avocat peu scrupuleux et un flic aux mains désespérément liés.

Le film, de façon dramatique, montre la place de la femme dans ce même système. Séduite par Cady une femme sera retrouvée battue et violée et malgré la certitude des agissements de la bête rien ne pourra être fait. Coincé, entre un privé qui pense avant tout à son client, et l’évidence de son devenir si elle devait porter plainte, celle-ci préférera fuir. Une femme n’a pas d’échappatoire face à la violence, la fuite en avant et l’oubli ou devoir affronté le jugement d’autrui malgré son statut de victime. Avant de penser à elle même, elle pense à sa famille, assez terrible représentation ou une femme n’est plus un individu, mais l’extension de la cellule familiale.

Il est terrible de voir tous ses personnages prisonnier en eux même, qui face à l’éclatement du vernis de la civilisation, se retrouve à devoir user de méthodes que la morale réprouverait. Finalement, le seul personnage vraiment libre est Max Cady, lui qui vit comme il l’entend sans ne se préoccuper de rien. Plus que de nous protéger des autres, la loi et la morale finalement, ne nous protègent que de nous même. Dans un dernier face à face Mitchum torse nu, débarrasser de ses oripeaux il n’en reste que la bête ne cherchant qu’à assouvir ses pulsions, affronte Peck. Dans un dernier élan, refuse de laisser libre cours à sa rage et épargne Cady, mais est-ce vraiment une victoire.

Tout en symbolisme, cette fin nous montre le héros éructer à la face de son antagoniste qu’il va le renvoyer dans sa cage. L’être humain, en permanente contradiction, entre ses désirs et ce que la société permet. Et, au bout du compte, plutôt que tuer cette face sombre qui sommeille en nous il préfère l’enfermer. Révélant l’impossibilité de tout un chacun de nier cette violence, toujours prête à nous gangrener. Un très bon film, à la narration très efficace, ou Mitchum se révèle une fois de plus, après notamment le somptueux La Nuit du Chasseur en 1955, en vrai boogeyman. Bien avant Carpenter et sa représentation plus ésotérique du mal, le métrage pose toutes les bases du slasher, et de son angoisse sourde face à un mal inexorable résidant tant à l’extérieur qu’en chacun de nous.


Date de sortie : novembre 1962 (1h 45min)

Réalisé par :Jack Lee Thompson

Scénarisé par :  James R. Webb

Direction de la photo : Sam Leavitt

Bande annonce :

 

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