Les chatouilles, émotion sous-cutanée

Quand un film embrasse des thématiques fortes, il y a toujours une question qui se pose. Celle du point de vue. En effet, bien souvent, on peut avoir tendance à abandonner toute forme de mise en scène. Pensant que le drame se jouant sous nos yeux ne devrait pas être « perverti » par une quelconque forme de tentative de cinéma. Il en ressort bien souvent une forme de déception, celle de voir un médium utilisé avec retenue et crainte. En espérant, que le propos prédominant la forme se suffira à lui même pour susciter l’émotion. Ce qui est une erreur, un film est une proposition qui ne devrait pas être neutre. Tout s’inscrit dans un contexte, vouloir adopter une forme de neutralité « respectueuse » aboutit à des films sans âme qui seront oubliés bien rapidement.

Les Chatouilles, co-réalisées par Andréa Bescond et Eric Métayer, est un premier film et une réadaptation de la pièce de théâtre déjà écrite et jouée par Andréa Bescond. Le film, aborde sans fard, l’histoire d’une enfant prénommée Odette, qui subira durant de nombreuses années les viols répétés de Gilbert un très bon ami de la famille. Le film a une résonance particulière quand on sait qu’il relate en partie les agressions sexuelles subies par sa réalisatrice dans son enfance. C’est un film sur la résilience et l’acceptation. Un film sur la déconstruction et comment se réinventer, notamment à travers l’art.

Il n’empêche, est-ce que le film parvient à éviter les écueils inhérents au genre. Oui et non, le film n’est pas exempt de défauts, mais déborde d’une énergie folle et réussit à ne jamais sombrer dans le misérabilisme. Il parvient à avoir une réelle proposition cinématographique et à exprimer par l’image le parcours de cette femme. Il sait tour à tour être drôle et émouvant et, est parcouru d’instant de douceur qui savent toucher le cœur du spectateur. Andréa Bescond est d’une incroyable intensité et illumine complètement le film qui lui doit énormément. Le reste du casting est tout aussi pertinent, Karine Viard en tête. Mais, je n’en ressens pas moins, une certaine gêne dans l’écriture des personnages. Il s’en dégage une certaine faiblesse, un aspect assez caricatural, qui est peut être l’expression d’une réalité vécue, mais qui n’en dégage pas moins une binarité qui ne s’accorde pas vraiment avec l’aspect plus travaillé de son personnage principal.

Une grande part du film est centré sur son héroïne et sa relation avec sa psy. Toute la mise en scène et le montage jouent sur le souvenir et les faux semblants. Les transitions d’une temporalité à une autre se faisant d’un simple mouvement de caméra transposant de façon très intuitive les atermoiements d’Odette. Être ayant basculé trop tôt dans le monde adulte et forcé à revivre un passé qu’elle réarrange à son goût et un présent plongé dans l’éclipse de ses traumas passés. Passer par l’image pour expliquer sa psychée restera la bonne idée du film. Le tout est fait de façon inventive, incroyablement rythmée, nous perd et nous émeut au fil du temps. Nous faisant détricoter, au fur et à mesure, comme la psy ce qu’Odette ne peut verbaliser. Mais du coup tout ce qui précède et qui suit cette partie parait bien plus faible. Même si l’émotion reste, le tout parait bien plus faiblement écrit. Karine Viard est glaçante, Clovis Cornillac touchant en père aimant, mais cela semble tellement archétypal.

Il n’en reste pas moins un plan de fin touchant ou l’adulte et l’enfant qu’elle fut se réconcilie, précédant une dernière danse faisant écho à celle d’introduction du film. La danse et l’art comme unique moyen d’expression, c’est dans ces pas et cette énergie syncopée, qu’elle se livre et se délivre. Un premier film qui reste brillant, mais dont les différentes parties restent assez inégales, l’ensemble parvenant néanmoins à nous emporter. Une mise en scène brillante dans sa symbolique psychanalytique, mais bien trop sage par ailleurs. Malgré tout, le rater serait une lourde erreur, ce genre de film à l’ambition affirmer mérite d’avoir du succès.


Date de sortie :  14 novembre 2018 (1h 43min)

Réalisé par : Andréa Bescond, Eric Métayer

Scénarisé par : Andréa Bescond, Eric Métayer

Bande annonce :

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