L’Empereur de Paris, démesure mesurée

Jean-François Richet, réalisateur plus qu’appréciable, revient en cette fin d’année avec un film d’époque. Et pas n’importe lequel, car celui-ci va s’intéresser à Vidocq. Vidocq, dont la dernière itération cinématographique m’a valu crise d’épilepsie et embarras gastrique. Venir après Pitof, c’est au moins l’assurance, de ne pouvoir que laisser un bien meilleur souvenir. L’histoire nous conte donc les pérégrinations de Vidocq. Légende des bas fonds, laissé pour mort suite à sa dernière évasion. Il va se retrouver accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Voulant laver son nom et gagner sa liberté il va proposer au directeur de la sureté une association. Il arrêtera la pègre contre sa grâce.

Comment dire en peu de mots. J’ai apprécié le film dans son ensemble. Il est une belle réussite, un très bon film de genre. Mais qui est entaché de défauts qui m’empêchent toute forme d’emballement. La reconstitution d’un Paris du début du 19e est très engageante. Un Paris sale et violent. Coincé entre voleur, tueurs, prostituée et vieux soudards. L’arrivée devant un arc de triomphe en construction est très symbolique. On est dans un Paris, dans une France, en pleine reconstruction. Encore atteinte par les soubresauts de la révolution et de la terreur elle est en pleine métamorphose. Elle se révèle être un champ des possibles pour qui est prêt à en payer le prix.

La mise en scène est brillante. Une caméra en mouvement. Grand travelling, choix de cadre pertinent, sachant bien rendre hommage à la majestuosité de ses décors. Le tout appuyé par une direction de la photo qui nous plonge au cœur de cette cité interlope. Un jaune nauséeux, un gris cendré, le jeu sur les ombres. Tout fait vraiment honneur à ce personnage à la personnalité très marqué. Dés sa scène d’introduction, la caméra est au plus prêt des visages, frénétique soulignant la folie du lieu. D’ailleurs, le film se fera très parcimonieux en plan d’ensemble. Il se veut un film de personnages avant tout. Paris ne restera qu’un cadre, les protagonistes sont confinés symboliquement. La ville ne leur offre pas d’ouverture. Hors mis, celle gagnée avec violence.

De nombreux choix de réalisation sont vraiment très judicieux. Henry directeur de la sureté, incarné par Patrick Chesnais que l’on découvrira au tout début, souvent à travers son reflet dans des miroirs. Soulignant sa vacuité et l’importance qu’il accorde à son image. La baronne interprétée par Olga Kurylenko dont les révélations se feront via un miroir déformant imageant parfaitement son côté trouble. La première rencontre de Vidocq avec Fouché joué par Fabrice Luchini. La profondeur de champ se fait immense, Vidocq est perdu dans le cadre. Écrasé sous le poids des institutions. Pour la première fois, on comprend qu’il n’est pas du tout maître de son destin.

La musique quant à elle m’a paru assez inexistante jusqu’à un certain moment dramatique. À cet instant, elle semble vraiment s’emparer du film et accompagner Vidocq dans sa quête finale. Jusqu’à présent, je semble plutôt dithyrambique, tout en ayant parlé de défauts. Donc la grande question reste, quels sont-ils. Déjà, le scénario part d’un canevas vu tant de fois. Autant basé son histoire sur la quête d’un homme épris de sa liberté est intéressante. Axé tout ceci autour d’une quête qui amènera notre héros à devoir affronter son doppelgänger. Double diabolique, représentant ses exactions dont il doit s’absoudre pour pouvoir avancer est également intéressant.

Mais l’évolution de l’intrigue, les péripéties débouchant sur l’acte final sont assez mornes. Cela manque de souffle, et la démesure du héros n’est jamais vraiment palpable. Les scènes d’actions sont efficaces, mais pas toujours très lisibles. Et jusqu’à l’événement dramatique fondateur, malgré toutes ces qualités, le sentiment que tout semble trop plat résonne en moi. Cassel ne s’empare jamais vraiment totalement du rôle et nous délivre une prestation qu’on lui a déjà vue. Je souligne tout de même l’utilisation intelligente du pistolet à un coup comme ressort de la tension dans la scène finale est fort bien pensé.

Un film qui malgré tout se doit d’être vu. Ne serait-ce que pour l’ambition qu’il affiche. Solide dans son ensemble, pétri de qualités. Et dont les défauts ne devraient, normalement, ne pas vous gâcher le visionnage. Un film qui n’est pas sans me rappeler Cartouche avec Belmondo. Film dont il partage quelques similarités qui ne me semblent pas toutes fortuites. tout ceci évidemment sans compter l’influence énorme d’Alexandre Dumas.


Date de sortie : 19 décembre 2018 (1h 50min)

Réalisé par : Jean-François Richet

Scénarisé par :  Éric Besnard, Jean-François Richet

Bande annonce :

Partage :
0

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *