Le meilleur  de 2018 sur grand écran… Ou pas

Le meilleur de 2018 sur grand écran… Ou pas

Après avoir abordé avec véhémence le pire de l’année en cours, voici venir tout l’inverse. Un moment de paix et d’amour. Un moment de partage, où je vais vous faire part de toutes les plus belles réussites de 2018. En précisant « toute », je suis un peu présomptueux. Évidemment, comme pour le pire, le meilleur sera réduit à tous les films sortis cette année, que j’aurais pu voir. Sachez donc, que si votre film préféré n’est pas listé, soit je n’ai pas vu le film en question soit vous avez mauvais goût. Chaque film dont je vais parler, est selon moi, une vraie réussite. Pas de limite, pas de top, rien ne sera classé. Au moment ou j’écris ces quelques mots, je n’ai encore aucune certitude sur le nombre de films dont sera composé l’article. Mon seul désir, faire un tout, de tout ce qui m’a procuré du bonheur en cette belle année, qui fut tellement riche.

Les super-héros sont bien vivants

Tout débute avec Les Indestructibles 2, suite du premier du nom et immense réussite de Brad Bird. L’inventivité de la mise en scène, l’énergie de chaque instant, nous emporte dans son tourbillon. Une histoire qui sait faire la part entre action et humour, l’un ne se faisant jamais au détriment de l’autre. Prenant suite, directement, après la fin du premier opus. Le métrage embrasse toujours les thématiques familiales en les enrichissant. Tout tourne autour de l’inversion des responsabilités homme/femme. En faisant du père de famille, le responsable dépassé du quotidien, le métrage remet au centre l’héroïsme journalier de la mère. Elle qui se partageait entre famille et devoir héroïque. La multiplication des sources d’informations et leur détournement possible sont également au coeur du film. Un film terriblement divertissant et intelligent, aux multiples lectures.

Cette année, le super-héroïsme aura définitivement été valorisé par l’animation. La seconde merveille de l’année, n’étant rien moins que Spider-Man : New Generation. Tout en rendant un brillant hommage à son médium d’origine par le biais d’une mise en scène inspirée, le film sait se faire frénétique et touchant. Au cœur du métrage, la passation du savoir, le poids des responsabilités, le passage à l’âge adulte, la capacité de tout un chacun à être son propre héros. Tour à tour drôle, émouvant et capable de mettre en exergue une action totalement décomplexée. Le métrage instille dans chacun de ses personnages, même les moins développés, assez de consistances pour nous les rendre immédiatement attachants.

Les films trop oubliés de l’année

Ici je vais mettre en avant trois films. Tous sortis aux USA fin 2017 pour pouvoir concourir aux oscars. De ce fait et grâce aux projections privées, presse…, ces films se sont retrouvés dans nombre de top de l’année dernière. Mais pour nous, gens du commun, ils sont bel et bien sortis cette année et méritent d’être à nouveau mis en avant. Tout d’abord Les Heures Sombres de Joe Wright qui nous prouve, ce qu’un biopic peut être, entre les mains d’un réalisateur inspiré. Une direction de la photo somptueuse, les jeux d’ombres et de lumière mettant en exergue les rapports de forces. Les choix de cadre renforçant le sentiment de solitude de l’exercice du pouvoir. Un film brillamment mis en scène, doublé d’un casting parfait, avec en tête de file un Gary Oldman totalement habité.

La Forme de l’Eau de Guillermo del Toro. Film extrêmement touchant, ou un homme nous livre un conte dans une Amérique des sixties fantasmé, mais ou l’horreur reste palpable. Fable sur la différence et l’oppression. Elle reste avant tout l’histoire d’un homme qui va finir par accepter sa part sombre, monstrueuse qui l’ostracise. En accouplant littéralement ce qu’il est, à ce qu’il n’ose dire, il va finir par finalement s’accepter. À travers ses archétypes chimériques, del Toro nous parle de l’humain et nous livre une fresque émouvante.

Call me by Your Name de Lucas Guadagnino. Un film terriblement attendrissant. Un instant suspendu dans le temps. Une caméra magnifiant les corps au sein de la campagne italienne. Éloge de l’amour aussi éphémère fut il et de la nécessité de la souffrance qui s’ensuit. Le désir illuminé par le soleil ardent qui ne cherche pas à se cacher. L’amour d’un père qui exhorte le fils de vivre avec passion et de ne jamais se réprimer. Un film que l’on désire vivre, un film qui nous fait nous souvenir, nous souvenir de l’avancée inexorable du temps et du désir atavique de s’en extraire.

Les blockbusters sont en pleine forme

Il est présomptueux de dire ceci, vu l’année catastrophique du genre. Mais deux films ont su me réconcilier avec le film populaire à gros budget. Tout d’abord Mission Impossible : Fallout de Christopher McQuarrie. Entre scène dantesque et parcours humain, le film suit Ethan Hunt dans une course effrénée. De plus en plus humanisé depuis le film précédent, Hunt se retrouve confronté à sa Némésis, vision pervertie de lui même, et à son obsolescence programmée incarnée par Henry Cavill. Vestige d’un temps révolu, dans un monde violent où les intérêts géopolitiques priment sur la vie humaine. Son parcours initiatique l’amènera à faire la paix avec son passé, et à envisager son avenir avec apaisement. Entre une scène de chute libre mémorable en plan séquence et une scène gargantuesque de poursuite dans les rues de Paris, le film conjugue à la perfection action et caractérisation de ses personnages.

Le second n’est rien d’autre que Ready Player One de Steven Spielberg. Autant apprécié que détesté. Bien souvent, pour les plus mauvaises raisons, dans un cas comme dans l’autre. C’est une véritable déclaration d’amour d’un créateur à son public. Le questionnement sur une génération vivant trop à travers ses références. Le film n’a de cesse à célébrer les bienfaits de l’imaginaire comme moyen de construction personnel et social. Une porte d’entrée vers l’acceptation de soi et des autres. Une fenêtre, qui doit nous ouvrir vers le monde, et non nous enfermer. Là encore, il nous est donné de suivre le parcours initiatique de nos deux héros, qui à travers le monde virtuel de l’OASIS vont grandir en tant qu’être humain. La maestria visuelle de Spielberg nous baladant de séquences d’anthologies en moment plus dramatique. Le tout baignant dans une atmosphère lumineuse et adorablement positive, qui n’est pas sans nous rappeler certaines anciennes productions Amblin. Le drame est présent tout autour de nous, mais le moyen d’y mettre fin, réside en nous.

Le cinéma français plus fort que jamais

Ce dur moment, où je me rends compte que je me croyais devenu maître dans l’art de la concision, mais que je fais une fois de plus bien trop long. Pour finir je vais prendre sur moi et allez réellement au plus court. Le cinéma français cette année fut d’une richesse incroyable. Et quand bien même j’ai le désir de m’extraire de l’habituel top 10, il est bon de faire des choix. Je vais donc mettre en avant trois films, qui cette année ont su m’éblouir. Je commence par le fabuleux Plaire, aimer et courir Vite de Christophe Honoré. Il emprunte certains codes de la comédie romantique tout en inscrivant son film dans une réalité dramatique. Honoré arpente avec grâce, mélancolie et désespoir lumineux, les tourments d’un amour naissant.

Les Chatouilles d’Andréa Bescond et Eric Métayer, film incroyablement énergique et dont le montage audacieux est une vraie plongée sensitive dans la catharsis d’une victime. Émouvant et d’une force incroyable. Jusqu’à la garde de Xavier Legrand. Une plongée étouffante dans la violence domestique ou l’horreur s’installe au fur et à mesure. Générant une attente incommodante qui nous questionne sur notre propre regard voyeuriste face à toute forme d’oppression. Une Prière avant l’Aube à l’orée du documentaire, filmé au plus près de son héros. Il se vit, se ressent et s’expérimente. La rédemption par la boxe, ou l’humain finit par se redécouvrir à chaque coup reçu et porté.

Quand le drame et l’amour ne sont jamais loin

Alors que j’arrive presque au bout de cette rétrospective 2018, et que je dois m’astreindre de tout mon être, à ne pas rajouter de films à cette liste déjà bien longue. J’arrive à deux films bien différents, mais ô combien passionnants. Hostiles petite merveille signée Scott Cooper. Une plongée aride dans une Amérique construite, par et dans la violence. Retranscription visuelle de l’âme tourmentée de ces protagonistes, les paysages se font plus touffus suivant leur évolution. Description d’une Amérique viciée et pourrie de l’intérieur, où la réhabilitation ne pourra qu’être individuelle. How to Talk to Girls at Parties de John Cameron Mitchell. Un délire romantico SF punk, sur la libération des normes et du modèle patriarcal, à travers une histoire d’amour transgressive et incroyablement colorée à l’inventivité visuelle folle.

Le fantastique et la science-fiction questionnent et peuvent toujours faire encore peur

Pour finir sur un genre qui est cher à mon cœur, voici les deux derniers films de ma liste. Tout d’abord Hereditary d’Ari Aster. À la croisée des chemins d’un Polanski et un Nicolas Roeg, Aster livre une œuvre perturbante sur la culpabilité et l’atavisme. Dérangeant sur bien des points le film nous manipule, dés son introduction, nous plaçant littéralement en victime consentante à l’intérieur de cette maison de poupée. Pour nous relâcher essoufflé et maudit sur un dernier plan paralysant. Et enfin, roulement de tambour, mon dernier film. Le bien nommé Annihilation d’Alex Garland. Métrage dense, brassant des thématiques passionnantes. Une histoire embrassant la notion de couple et de deuil, au visuel soigné et terriblement immersif.

Et voilà que mon année 2018 cinéphile s’achève. C’est la mort dans l’âme que je me rends compte que nombre de films ne se retrouvent pas dans le listing ci-dessus. Certains choix furent évidents, d’autres se sont faits par défaut. Mais chacun de ces films ont été de vrais plaisirs, et mérite d’être vus et revus. À l’année prochaine, que j’espère aussi riche.

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