Le Grand Bain, critique en eaux troubles

Le Grand Bain, critique en eaux troubles

Après moult péripéties, je me suis enfin résolu à voir Le Grand Bain. Auréolé d’une critique dithyrambique lors du Festival de Cannes, ou il était présenté hors compétition. Il serait peu de dire que la première réalisation de Gilles Lellouche suscitait en moi un certain intérêt. Bien que n’étant pas économe d’effort pour éviter tout avis ou critique avant d’avoir pu moi-même visionnez un film. Il était quasi impossible, au détour de mes pérégrinations sur le net, de ne pas constater une unanimité élégiaque envers le métrage. Donc, c’est avec retard, mais non moins d’envie, que mes pas m’amenèrent enfin à mon cinéma préféré. Voyons, si une fois n’est pas coutume, et malgré mon besoin désespérer de me singulariser, si j’allais rejoindre la meute extatique.

Tout d’abord, abordons les choses qui fâchent, le manque d’originalité. On y sent grandement les influences anglo-saxonnes dans la narration, ainsi que dans la façon de traiter ses thématiques. Beaucoup citent Full Monty, mais on pourrait en citer bien d’autres de Happiness Therapy à Love Actually en passant par Dodgeball. Le film cite et recycle sans jamais réellement se démarquer de ses aînés. Il n’y a qu’à voir cette scène d’introduction où une caméra fait un lent travelling dans un lotissement de banlieue qui visuellement ne dépareillerait pas dans n’importe quelle comédie américaine. Était-ce voulu, la mise en scène étant quand même assez travaillé j’aime à le croire. Il n’est pas rare lors d’un premier film qu’un metteur en scène ne parvienne pas à totalement se départir de ses influences.

Malgré tout, le film n’en conserve pas moins une efficacité redoutable. Une galerie de personnages merveilleusement incarnés par un casting qui se sublime à chaque instant. Même les rôles secondaires les moins écrits se sont vus attribuer des caractéristiques particulières les rendant aisément identifiables. Un attachement instantané se développe entre le public et cette joyeuse bande d’éclopés émotionnels. Le métrage magnifie les imperfections. Le point de vue sans distanciation nous positionne au milieu du groupe et renforce l’identification. Le film, comme tant d’autres pourrait-on dire, se veut une sublimation de l’imperfection. Une réponse anti normé, a ce que la société tente en permanence de nous vendre.

Mais, finalement, c’est dans ces qualités que résident ces plus grands défauts. L’accumulation de personnages empêche tout vrai approfondissement. Les plus développés d’entre eux n’en restent malgré tout qu’au stade de filigrane. Ce qui empêche toute réelle réflexion. Après tout, le film se veut feel good et ne trompe pas son spectateur. Mais, on peut regretter que les traumas qui animent les protagonistes, ne soit que des moyens pour générer une émotion et n’ont pas débuté une forme de réflexion sur la société. Au détour d’une scène, on peut voir poindre le début d’une intention, mais jamais pleinement développé. Le seul but étant l’attachement, aboutissant à l’émotion finale on ne peut trop approfondir la caractérisation. Alors on peut me reprocher de faire prédominer mes désirs de spectateur aux intentions du réalisateur. Mais ces thèmes ayant été bien souvent abordés, contextualiser de façon plus prégnante le propos au sein de la société française actuelle aurait pu faire basculer la pellicule de Lellouche dans le rang des grands films. Par exemple je trouve une plus grande réflexion sur l’humain et la famille dans Happiness Therapy de David O. Russell. Finalement, c’est peut-être une des choses qui différencie les bons films efficaces des grands films.

Il n’empêche, que pour sa première réalisation, Gilles Lellouche fait un travail de fort belle qualité. Les plans et les cadres sont travaillés, la photo est réussie, le tout donne lieu à quelques plans assez magnifiques et lourds de sens. Les personnages sont souvent filmés à travers des vitres, pour représenter leur place dans la société. Certes nous pouvons les voir au milieu de nous, mais un mur, un filtre invisible les place malgré tout en dehors. Il usera souvent d’une belle profondeur de champ pour perdre ses personnages semblant repoussés au loin, au sein du cadre. Il utilisera le décor pour enfermer ses personnages dans des carrés ou des rectangles. Représentation symbolique des carcans dont ils essaient de se défaire. D’ailleurs, on peut voir la tête de Philippe Katerine à travers un « hublot » dans un plexiglas lorsqu’il décide de parler du concours de natation synchronisée à ses amis. C’est littéralement ce moment qui définit le groupe qui, au contraire de ce qui est dans l’introduction, va tenter de faire rentrer un rond dans un carré. Allez au-delà des conventions pour retrouver une place.

Après, trouver une forme d’absolution dans la compétition et une porte dérobée pour revenir au sein de la société par le fruit d’une victoire ne semble pas coller avec ce qui peut sembler être les désirs de l’auteur. Au sortir du film si l’on cherche à pousser une petite réflexion au-delà du plaisir sincère et évident qui était le mien. Une certaine ambivalence prédomine. On cherche à exacerber l’émotion envers les laissés pour compte. Mais on stigmatise la nécessité de réussite pour reprendre le contrôle de sa vie. Ce qui au bout du compte, ne valorise pas la différence, mais aurait tendance à instituer le besoin de se normer par le biais d’un mal bien trop présent, la compétitivité. Alors bien que je lui trouve certains défauts, je ne saurai trop conseiller d’allez le voir. L’ensemble des acteurs sont assez irrésistibles, même si la morale pêche par endroit, l’écriture est très efficace. Le film sait être drôle et touchant et ne laisse pas insensible. Et surtout, la mise en scène de Lellouche est vraiment inspirée. Un bon premier film avec quelques défauts, mais qui est bien plus réjouissant que nombre de comédies qui peuvent parsemer nos écrans.


Date de sortie :  24 octobre 2018 (1h 58min)

Réalisé par : Gilles Lellouche

Scénarisé par : Ahmed Hamidi, Julien Lambroschini, Gilles Lellouche

Bande annonce :

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