La Mule, un Clint en mode mineur

La Mule, un Clint en mode mineur

Avoir la chance de pouvoir profiter, encore une fois, d’une œuvre d’une des dernières légendes hollywoodienne est un plaisir qui ne se refuse pas. Clint Eastwood, dont la filmographie ferait tomber n’importe quel aspirant acteur dans un état catatonique, et pousserait tout réalisateur à une remise en question de ses aptitudes, nous revient donc avec La Mule. Très librement inspiré de la vraie histoire de Leo Sharp. Dont l’histoire avait était relaté dans un article du New York Times. Eastwood y apposant ses propres obsessions pour en faire une histoire très personnelle.

Cela en fait-il pour autant un bon film, je me dois bien malheureusement de répondre non. En multipliant les points de vue, en accordant une importance bien trop grande à la partie drogue, le film semble sans cesse s’éloigner de ce qui semble être son essence. C’est avant tout l’histoire d’un homme au crépuscule de sa vie qui en embrassant l’illégalité va se raccorder à son humanité et à sa famille. Mais, sans cesse, on va de circonvolutions narratives en redondance pesante. S’attardant sur Bradley Cooper en homme du FBI, sur un cartel de drogue mexicain, sur le bras droit du chef du cartel… Le tout sans vraiment y apporter une quelconque épaisseur.

Tous ses personnages qui phagocytent l’écran et rallongent indéfiniment les deux premiers tiers du film. Il n’y a qu’à voir ce qui semble être la mise en place d’une relation entre Clint et le bras droit d’Andy Garcia qui n’aboutira sur rien. Le grand-guignolesque de l’assassinat du chef du cartel, qui n’apporte strictement rien au récit. Et par moment il est difficile de ne pas voir, derrière Earl Stone, un ersatz plus assagi de Jon Voight dans la série Ray Donovan.

Dans son dernier tiers, en resserrant enfin son métrage, Eastwood parvient à toucher à défaut de surprendre. Cet homme, au crépuscule de sa vie, qui, impliqué dans une situation exceptionnelle, va se retrouver et par la même retrouver sa famille, n’a rien de très novateur. Et ce n’est pas sa mise en œuvre narrative qui le fait allez au-delà du pathos, mais bien le talent de ses interprètes. L’alchimie entre Clint Eastwood et Dianne West étant vraiment parfaite.

Cette histoire de vieil homme bourru, mais attachant vivant dans un monde qui le dépasse semble faite pour son acteur/réalisateur. Mais une certaine paresse et un montage par moment exécrable arrivent assez peu souvent à vraiment toucher au cœur. Cet homme du passé, dont chaque mot prononcé, pourrait provoquer l’ire de tous les Kevin du net pourvoyeur du mal. Mais dont les actes, transpirent une humanité, qu’il semble lui-même ne pas vouloir admettre. Une déconstruction de son propre mythe à l’approche de la fin. Mais tout ceci s’appuie sur un script assez pauvre de Nick Shenk déjà au travail sur le très surestimé Gran Torino.

Reste toujours, malgré tout, le génie de Clint. Génie qui explose au détour de quelques plans magnifiques, et de l’interprétation d’un rôle qui lui va si bien. Harry Callahan à bien vieillit, mais, est toujours aussi trouble à analyser. Un film, incroyablement imparfait, mais le dos vouté et la verve intacte de Clint gagne toujours à être vue.


Date de sortie : 23 janvier 2019 (1h 56min)

Réalisé par : Clint Eastwood

Scénarisé par :  Nick Schenk

Direction de la photo : Yves Bélanger

Bande annonce :

Partage :
0

Laisser un commentaire

Fermer le menu