Joyeux Noël dans le Connecticut, vaudeville enneigés

En 1945, Barbara Stanwyck, revenait sur les écrans avec un film flirtant bon avec les codes du vaudeville. Dans Joyeux Noël dans le Connecticut elle y interprète Elizabeth Lane. Une journaliste écrivant des articles sur la cuisine mettant également en scène sa propre vie. L’unique problème c’est qu’elle ne correspond aucunement avec le personnage décrit dans ces articles. Suite à divers quiproquos, elle se retrouve à devoir préparer un festin de Noël pour le patron de son journal ainsi qu’un héros de guerre fraichement rapatrié. Faux semblants, vérité impossible à avouer, amour contrariés tous les ingrédients d’une bonne comédie sont réunis. Mais le film réussit il a bien assaisonné tous ses ingrédients.

Alors une bonne comédie ne serait rien sans ces acteurs, et ici le cast est particulièrement savoureux. Barbara Stanwyck, actrice incroyablement douée au demeurant, est une habituée de la comédie. Elle en possède tous les codes et interprète avec délice une Elizabeth Lane au pied du mur. Sydney Greenstreet et Reginald Gardiner tout en retenue offre une prestation pince-sans-rire qui se marie parfaitement avec la caractérisation de leurs personnages. S.Z. Sakall tout en folie et énergie incarne ce restaurateur hongrois avec bonhommie. Il représente la quintessence de l’archétype de l’ami du héros ou de l’héroïne qui par sa bonne humeur et son enthousiasme sera la clé de la résolution des problématiques de celui-ci. Archétype qui sera si souvent utilisé par la suite et jusqu’à nos jours. Un petit bémol pour Dennis Morgan qui, sorti de l’introduction, sera complètement effacé.

L’une des grandes réussites de ce film c’est son ton délicieusement amoral pour ce qui est un conte de Noël romantique. Quasiment tous les personnages mentent, trichent, valorisent leur intérêt personnel. C’est une passionnante cavalcade d’égo à la recherche de leur bonheur. Le personnage féminin est très moderne et à travers elle on illustre parfaitement les rapports de domination. Une femme active, célibataire, mentant sur sa vie pour conserver son emploi. Elle n’hésite pas à dépenser 6 mois de salaire pour un vison, n’hésite pas à accepter un mariage d’arrangement tout en admettant à son futur ne pas l’aimer. Et tout ceci sans jamais être dévalorisé, sans jamais de connotation négative. Elle est drôle, vivace, intelligente, incroyablement positive.

Certes, elle accepte de symboliser par ses articles l’image d’une femme qu’elle n’est pas, mais qu’une partie des hommes qui l’entoure souhaite voir glorifier. Mais ceci, sans jamais faire de concession dans sa vie. L’écriture du film ira jusqu’à faire du futur intérêt amoureux masculin un simple faire valoir. Elle est la protagoniste principale, celle autour duquel, tout se noue et se dénoue. Le vieux patron apprenant la vérité finira par l’augmenter, son intérêt amoureux sera conquis tout en sachant qu’elle n’est en rien le modèle féminin que la société souhaiterait vendre. Elle ne sait pas cuisiner, s’occuper d’un enfant et elle n’en a que faire et pourtant elle trouvera l’amour sans léser sa vie professionnelle. Un film drôle, intelligemment écrit et je le répète, vraiment moderne dans son approche.

Mais tout ceci ne serait rien sans un bon réalisateur. Une bonne histoire et un bon casting se doivent d’être valorisés pour conserver leur efficacité. Un montage efficace sachant transcender le comique de situation. Le placement des personnages dans le cadre appuyant à chaque instant le fait que Stanwick navigue dans un milieu d’homme. Un milieu qui pourrait être écrasant, mais dont elle se sort toujours. Que ce soit en s’asseyant, se levant, quittant une pièce c’est souvent elle qui démarre l’action. Elle a beau être encerclée, elle reste à l’origine de tout.

Une belle comédie sachant être drôle, pertinente et astucieuse. Je la recommande chaudement pour préparer à la fraicheur qui ne saurait tarder. Ou qui est déjà présente, selon ou vous habitez.


Date de sortie :   11 aout 1945 (1h 41min)

Réalisé par :Peter Godfrey

Scénarisé par : Lionel Houser, Adele Comandini, Aileen Hamilton

Bande annonce :

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