Honni soit qui mal y pense, film qui pense plus que ce qu’il dit

En 1947, Henry Koster, déjà bien connu pour ses films musicaux ou familiaux, envahissait les écrans avec sa nouvelle production. Ce petit conte de Noël, qui fleure bon la mièvrerie, sans jamais totalement y tomber, allait mettre en scène un sacré trio d’acteur. Avec non moins que Cary Grant, David Niven et Loretta Young, l’entreprise semble partir sous les meilleurs auspices. L’histoire, est celle d’un ange prenant forme humaine, pour venir en aide à une famille en perdition. Henry Brougham obnubilé par le projet de construction d’une cathédrale faillit à sa famille, ses amis et sa congrégation. Et il ne faudra pas moins qu’un ange pour rétablir la situation.

Tout dans le propos pourrait laisser à penser que nous allons plonger dans un océan de guimauve, mais non. Loin de là, enfin, peut-être que je m’emporte. Ce type de récit ayant depuis était usé et poncé par tant de copie insipide. Il pourra être difficile de ne pas avoir ce sentiment de déjà vu peu agréable rendant notre attention très aléatoire. Mais ce serait bien dommage. Un trio d’acteurs très en forme et une mise en scène plus qu’inspiré permettent d’éviter les écueils inhérents au genre. Cary Grant excelle dans ce personnage au caractère un peu trouble. Se disant un ange, mais semblant plus intéressés par la femme de David Niven que par ses intérêts. Loretta Young quand à elle parvient à être touchante dans ce rôle de femme délaissée, mais toujours lumineuse. David Niven est peut-être un peu plus en retrait dans le rôle de ce personnage taciturne, mais parvient à lui apporter une sincérité touchante.

Mais tout cela ne serait rien sans la mise en scène de Koster. Toujours très aboutie et sachant parfaitement imager le propos du film. Loin d’être seulement illustrative, elle raconte et souligne la psychologie de ses personnages. Je vais prendre trois exemples précis. En début de film, on a droit à un plan depuis le ciel avec une caméra qui zoome sur un quartier de la ville. Un fondu enchainé se fait sur un plan fixe sur un violoniste entouré d’enfants qui chante des chants de Noël. A ce moment Cary Grant pénètre dans le champ, la caméra zoom sur lui, on peut voir un ange dans une vitrine juste derrière lui. Le plan suivant la caméra est dans le magasin et suit en travelling Cary Grant qui semble littéralement marcher au milieu des anges. La nature angélique de Dudley, Cary Grant, nous est révélée dès les premiers instants du film. Il vient du ciel pour s’intégrer à une histoire à laquelle il n’appartient pas.

Une autre scène nous montre David Niven venant de recevoir une mauvaise nouvelle par téléphone. Une fois sa secrétaire partie, on peut le voir, allez d’un bout de la pièce à l’autre, inquiet. On peut voir une grande peinture d’une cathédrale d’un côté et de l’autre une photo de sa femme posée sur une table devant la fenêtre. La scène nous montre les tourments du personnage et ce qui sera le cœur du film. Un homme pris entre son obsession et le désir de conserver sa famille. D’ailleurs juste avant pendant le diner lors d’un champ contre champ on peut voir une bougie allumée à la droite de l’écran pour Niven et à la gauche pour Loretta Young. Cela renforce l’idée de l’obsession pour le mari. Celle de l’avenir ou sa cathédrale sera construite. Et le désir de retrouver un passé heureux pour sa femme.

Alors certes la morale sera sauve et tout finira bien . Mais le film ne me parait pas simplet pour autant. On y voit tout de même un homme d’Église inféodé à une bourgeoise qui le finance. On comprend que sa congrégation lui a été affectée par cette même bourgeoisie. Cela reste une vision peu valorisante de l’église qui est décrite dans le film. Et n’oublions pas que si l’on sort du merveilleux et de ce que le film nous raconte. Cela reste l’histoire d’une femme abandonnée par un mari carriériste prêt a tous les sacrifices pour une gloire personnelle. Et qui trouve parfaitement normal de financer une cathédrale plutôt que d’utiliser cet argent pour venir en aide aux plus pauvres. Le merveilleux rattrape le film, mais il n’en dépeint pas moins une certaine réalité.

C’est un film qu’une fois de plus je conseille. Et au-delà de ce dont j’ai pu déjà parler, le métrage est parsemé d’instants de comédie très efficaces et salvateurs. N’oublions pas non plus la scène du patinage dont je ne dirais rien de plus, mais qui est un vrai instant de grâce touchante et drôle à la fois.


Date de sortie : 7 juillet 1948 (1h 49min)

Réalisé par : Henry Koster

Scénarisé par :  Robert E. Sherwood, Leonardo Bercovici, Robert Nathan

Bande annonce :

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