[Halloween] Pandorum, ils ont ouvert la boite

Les jours nous séparant d’Halloween étant encore bien nombreuse il nous reste assez de temps pour nous replonger avec un doux effroi dans une nouvelle oeuvre horrifique. Le film dont je vais parler cette fois-ci, revisite un genre qu’il est bien difficile d’entreprendre, tant son oeuvre matricielle, reste encore gravé dans nos esprits, un vrai jet d’acide jeté à nos faces en 1979 et qui brûle encore avec incandescence aujourd’hui, je parle bien sur d’Alien. Faire un filme à tendance SF, dotée de légères inclinations horrifiques revient à avoir la certitude de devoir accepter la comparaison.

Que ce soit en voulant s’en éloigner, ou en respectant les codes prédéfinit par l’oeuvre mère, elle n’en reste pas moins le point central, le monolithe de tout cinéphile. Tout ce qui fut fait, semble depuis, graviter autour, eu importe les choix artistiques entrepris, toute oeuvre semble devoir se définir soit dans la continuité soit dans l’opposition du film de Ridley Scott. Pour l’oeuvre sur laquelle je vais m’attarder, même si elle en partage de nombreuses similitudes, la générosité de son réalisateur à vouloir transcender la gestion de l’angoisse par l’image et le son en parvenant à se départir de l’imagerie de son ascendance écrasante, font que le spectacle reste agréable à suivre.

Ne nous mentons pas, les plus grandes qualités du film ne seront pas à chercher dans son originalité, ou le désir permanent d’un scénario malin, à briser les codes visant à nous plonger dans une perturbation cognitive permanente. On peut y retrouver par endroit l’imagerie cauchemardesque d’un Event Horizon, la rusticité du vaisseau et l’équipage sorti trop tôt de cryostase, n’est pas sans rappeler Alien, le pandorum laisse deviner une lointaine référence à Abyss avec son Lt. Coffey victime du syndrome nerveux des hautes pressions sombrant dans une folie meurtrière… Ce qui aurait pu donner lieu à un patchwork sans âme ni personnalité parvient malgré tout à séduire.

Dans un premier temps, la qualité de son casting, Ben Foster et Dennis Quaid en tête, nous démontre une fois de plus qu’un scénario en apparence légère peut gagner en épaisseur, quand ses personnages principaux, sont vraiment incarnés Quaid donc le charisme n’est plus à démontrer et offre un visage éminemment populaire auquel on peut se raccrocher, et Ben Foster dont le jeu incandescent brûle la rétine, une vraie énergie se dégage de l’acteur qui mériterait une carrière bien supérieure. Pour rentrer dans une histoire et impliquer son spectateur, il est important de croire, qui plus est, quand ce que l’on regarde s’absout de tout réalisme et cherche à parler à nos terreurs profondes.

Le scénario, comme dit plus haut, ne brille pas par son originalité, d’ailleurs le postulat de départ n’est pas sans rappeler le livre Destination Vide de Frank Herbert. Une terre exsangue ou surpopulation et surconsommation l’ont mené à sa perte avec pour seul espoir la découverte d’une planète lointaine et la possibilité d’une colonisation. Un vaisseau est donc envoyé, représentant le dernier espoir de l’humanité, vers Tanis. Un fond éminemment d’actualité, qui, s’il n’imprègne pas complément le film et reste au liseré de notre conscience, sait appuyer sur la peur d’un futur possible.

La vraie force de son histoire c’est celle de nous placer au plus près de ses héros en nous positionnant tout comme eux, dans l’expectative. Les informations nous sont délivrées quand eux même les apprennent. Privés de leur mémoire, nous-mêmes sommes privés de toute information. Quoi de mieux, quand ceci est couplé à de bons acteurs, pour susciter empathie et curiosité. Jouant en permanence avec l’inconnu et la mort qui rôde. Le film se veut suspens quand tant d’autres ne se veulent que surprise et jump scare.

La photographie est également étudiée pour provoquer une émotion chez le spectateur, chaque spectre étant le reflet d’un sentiment. Le bleu, celui de la peur froide, le vert, la solitude abyssale, le jaune, le réconfort, le blanc, le souvenir… Chaque scène va se parer de la couleur reflétant les tourments de ses acteurs. L’une des récurrences du film, sera de mettre en place une forme de renaissance Ben Foster s’échappant du cocon de la cryostase, Dennis Quaid tirant littéralement des profondeurs du vaisseau un membre d’équipage… Tout le film appuie le concept d’extraction de soi-même pour accéder à un renouveau.

Un petit film passé malheureusement sous les radars, mais rempli d’envie et de bonnes idées. Même s’il n’est pas exempt de défaut, Cung Le et son charisme d’endive régurgité par un carniste aviné, quelques rebondissements inutiles, l’emploi d’un montage clipesque aux effets stroboscopiques lors de certaines scènes d’action, surement pour cacher les limitations du budget. Si cela tend à donner aux aberrations mutantes la consistance d’un cauchemar, elle ne rend pas forcément justice aux qualités du maquillage. Il n’empêche, que certaines scènes lorgnent sans vergogne et avec bonheur vers le cinéma de Georges Romero. Un film que je recommande chaudement et dont les qualités compensent grandement les défauts


Pandorum de Christian Alvart sorti au cinéma le 30 septembre 2009 et d’une durée de 1h45

 

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