[Halloween] Les Ruines, la nature trouve toujours un chemin

La procrastination est la meilleure voie vers l’abandon, et c’est une voie que j’ai bien trop l’habitude d’emprunter. Donc, ce n’est pas sans fierté que je m’attaque à mon quatrième article du mois. Aujourd’hui, je m’attarde sur l’adaptation cinématographique d’un livre, que j’avais lu il y a de cela quelques années, et dont les souvenirs me sont diffus, hormis un lointain sentiment de satisfaction qui me font dire que je l’avais tout de même apprécié. Avec Carter Smith à la réalisation, pour son premier long métrage, qui ne sera malheureusement suivi que d’un autre, et l’éminemment célèbre, Darius Kondji à la photo. Nous voilà prêts à nous enfoncer dans les ruines d’une pyramide maya ou tourisme et fin de vie présenteront d’étranges similitudes.

Le film, dès ses premiers instants, part d’un postulat d’un classicisme absolu. Deux couples en vacances font la connaissance avec un jeune Allemand, qui, une fois les rapprochements d’usages établis, va leur proposer de retrouver son frère. En effet, il n’a pas donné de nouvelles, depuis qu’il est parti sur un site archéologique avec une jouvencelle débusquer sur place. De là, on s’amuse avec quelques clichés, celui du couple plus chaud et fondant qu’un kebab un 15 août, et le couple en péril que les études vont séparer où le doute s’instille. On pourrait craindre une énième redite, tant de fois ce point de départ fut utilisé, mais non, finalement, ceci ne servira que de point d’accroche. Évitant les excès menant à la caricature ces quelques points bien quand tant de fois vues suffisent à poser ses personnages et à les rendre juste assez réels pour susciter l’implication du spectateur.

Le métrage ne cherche pas à utiliser le genre, pour discuter le fondement sociologique du couple. Il va plutôt rentrer dans une dynamique plus viscérale, propre au survival, en questionnant l’humain face à une mort certaine. Un développement plutôt bien mené, qui va voir le désespoir et les hiérarchies se positionner, sans toutefois allez jusqu’au bout du concept, en amenant un énième doppelgänger des 10 petits nègres sur fond écologico morbide. On nous donne plutôt à voir une forme de conte horrifique, sur l’occident inconscient, visiteur incongru d’un monde inconnu, qui cherche l’effroi en sortant des sentiers qui lui sont créés et vont se perdre. Faisant face à leur propre limite, leur individualisme va les pousser à jeter sur le monde un mal qui pourrait le faire chuter.

Si cette thématique apporte une vraie profondeur au film, surtout qu’il évite l’écueil de sombrer dans la caricature, sa plus grande réussite reste l’ambiance rondement menée et les quelques instants d’horreur profondément graphiques qui nous ceuille à chaque fois. Dans ce cadre quasi idyllique sous un soleil de plomb, la menace verte ne se fait que plus intense, se riant de leur technologie, c’est dans le mimétisme qu’ils trouveront leur perte. C’est en voyant copier symboliquement leur mode de vie, leur être, et donc en faisant face à eux même qu’ils vont se perdre et finir par être absorbés.

Le film se joue avec bonheur de l’ombre et de la lumière, faisant du soleil dardant un révélateur d’horreur, prenant avec gourmandise ses sacrifices. Et de la nuit, une forme d’oubli, de chute dans l’inconscience dont on peut ne pas se réveiller, mais plus intime et personnelle. Un film fort sympathique qui sait prendre aux tripes et dont certaines scènes très frontales marqueront les rétines, on pourra y voir une certaine parenté avec Bug de Friedkin dans le rapport à la chair et à ce qui peut s’y glisser dessous. Un film, donc hautement recommandable.


Les Ruines de Carter Smith sorti au cinéma le 11 juin 2008 et d’une durée de 1h31

Partage :
0

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *