[Halloween] Crawl, nager vers la résilience

En ce doux mois d’octobre, ou la baisse des températures préfigure l’arrivée fugace des frimas de l’hiver je vais m’attarder sur un cinéma viscéral, qui bien souvent, à travers son imagerie horrifique, questionne notre rapport à nos peurs les plus enfouies. Alors que le compte à rebours nous amenant vers Halloween et son défilé de monstres ne cesse d’égrainer ses secondes, martèlement incessant de tics et de tacs nous rapprochant sans cesse du trépas. Quoi de mieux que de plonger avec délice dans la dernière production d’Alexandre Aja, qui depuis une quinzaine d’années, n’a de cesse d’alimenter notre désir de confrontation à la mort.

Crawl est un pur survival tendu, mais reste avant tout un drame familial ou l’isolation forcée va illustrer une catharsis nécessaire, une libération dans la souffrance, un passage obligé vers l’acceptation. Le film, débute sur une course d’entrainement, qui va voir la défaite d’Haley, notre protagoniste principal. Concentrée et austère elle semble coupée du monde et de ses équipières, avec qui elle ne rentrera jamais en contact. La défaite la poussera à s’éloigner physiquement du groupe renforçant la solitude du personnage qui semble vivre dans le passé, celui du père qui n’a eu de cesse de la pousser la victoire devenant leur seul moyen de communication et créant par la même le fossé futur qui les séparera.

Dans les vestiaires, tout en se changeant elle reçoit un appel de sa sœur et n’est filmée de face qu’à travers la fenêtre étroite de son casier. Vivant symbole de son enfermement dans le passé, qui l’empêche de s’ouvrir aux autres. Un passé qui lui jaillit à la face quand sa sœur lui demande, inquiète des nouvelles de leur père possiblement en danger alors qu’un ouragan est sur le point de ravager sa ville natale.Et c’est là que démarre cette plongée dans cet avant révolu. Une introduction diablement efficace, jouant sur la mise en scène et le son pour faire comprendre, au mieux les enjeux d’un film, certes court, ce qui ne fait qu’en renforcer l’efficacité, mais qui sait faire avancer l’histoire sans verbiage inutile.

Ce retour en arrière, où l’ouragan et l’inondation en cours vont isoler cette fille et son père dans la maison familiale, va les plonger dans cet élément aquatique fondateur, la source de toute vie qui pourtant, les a séparés. La violence de la nature extérieure étant l’image de ces tourments intérieurs que l’on a trop tendance à taire.Les alligators, la colère et la violence qui s’externalise et qui nous pousse à l’isolation. Ce n’est qu’en les affrontant aux prix de nombre blessures qu’ils pourront se purger et retrouver l’autre.

Un film tout autant sur le deuil et le souvenir, la perte de l’enfance et du cocon familial et la nécessaire admission de l’imperfection humaine pour pouvoir entrer dans l’âge adulte. Si le film, malgré sa simplicité apparente, et bien plus profond que l’on ne pourrait le croire. Il sait aussi nous donner ce qu’il promet. Remplis de vrais moments de tension, ou la caméra se joue de nous, se déplaçant avec fluidité dans cette cave. Jouant sur la profondeur de champ, le son, l’obscurité pour susciter la peur. Certains plans, effets de jaillissement et jump scare malgré leur côté calibré pour un genre qui en abuse conserve une efficacité indéniable.

L’empathie immédiate que l’on peut ressentir envers les deux protagonistes aide énormément à l’implication émotionnelle, et la violence visuelle primaire qui s’en dégage nous fait réellement craindre pour leur vie. Le final est une vraie renaissance ou l’expulsion forcée de la maison en pleine déliquescence et le premier pas vers un avenir plus serein. Un vrai bon film qui n’a pas eu le succès qu’il mérite, surtout quand on pense au nombre de productions horrifiques grotesques et sans âme qui pullulent sur nos écrans et semble toujours rencontrer l’approbation du public.


Crawl de Alexandre Aja sorti au cinéma le 24 juillet 2019 et d’une durée de 1h28

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