Dirty Dancing, romantisme lascif et langoureux

Dirty Dancing, romantisme lascif et langoureux

À l’approche des fêtes de fin d’année, je me sens en verve. Le temps des aveux et arrivés. Oui, j’aime Dirty Dancing, et pas qu’un peu. J’irais même plus loin. Je suis, de façon totalement abusive, enclin à apprécier naturellement toute forme de rom com. Je crois que sommeille en moi une princesse qui ne connaîtra jamais l’indigence des ablutions et des problèmes gastriques. Une princesse qui aime à danser seule dans son jardin en parlant aux étourneaux qui bien évidemment lui répondent. Et tant que tout ceci ne m’amènera pas à fréquenter un établissement spécialisé, je profiterai goulument de tout ce dont la production annuelle cinématographique voudra bien m’abreuver. Alors bien que ma coupable inclination provoque en moi une mansuétude inhabituelle. Qui plus est pour ceux connaissant mes colères cinéphiles quotidiennes. Il faut bien admettre que le genre, essoré de façon incessante par des réalisateurs plus ou moins inspirés, accouche parfois du bon, mais bien plus souvent de l’anecdotique, voir de l’exécrable.

Mais, ici, point de saine colère et juste du plaisir pour ce qui reste un classique du genre. 31 ans sont passés et que l’on aime ou pas, le film est resté. Rester, dans les têtes et dans l’histoire. À présent, tout le monde sait que l’on ne laisse pas bébé dans un coin. L’une des grandes parts du succès tient à son duo iconique composé de Patrick Swayze et Jennifer Grey. L’alchimie transpire l’écran, et convoque à chaque instant le désir atavique qui nous imprègne pour ce type d’histoire. Que se soit drame ou comédie, musical ou action l’amour de deux êtres que tout oppose, contrarié par les normes reste un absolu que le cinéma peut magnifier et transcender. Mais la, n’est pas l’unique qualité du film. Qui si ce n’était que ça, serait une gentille bluette de plus qui se serait fondu dans la masse.

Au-delà de l’aspect romantique, le métrage parle d’une évolution. La fin d’une ère, la perte de l’innocence. Dès les premiers instants, la voix off nous précise que nous sommes à l’été 1963 avant l’assassinat de Kennedy. Nous vivons les derniers instants d’une Amérique insouciante, celui d’une petite bourgeoisie qui va voir ses certitudes bouleversées. Le tout synthétisé autour de l’histoire réunissant Bébé et Johnny Castle. Bébé, jeune fille remplie de certitude, qui compte intégrer le Peace Corps va se voir confronter à sa méconnaissance du monde. À travers le personnage on peut y voir une symbolique forte. La représentation cruelle d’une forme de générosité sans conscience. Biaisé par une hypocrisie inhérente à un milieu, peiné par une misère lointaine informe, tout en entretenant l’injustice sociale en son sein. Le mélange n’est pas permis, et cette impossible mixité est tout autant entretenu par l’oppresseur que la victime estimant que l’on ne peut rien lui opposer. En brisant le mur de l’indifférence, elle va tout autant devenir femme que permettre à Castle d’assumer ses désirs et espoirs.

Mais le film ne serait rien sans la musique et la danse. Sans être incroyable, la mise en scène sait laisser vivre ses scènes de danse, vrai reflet d’une tension sexuelle, d’un été de tous les possibles. Les corps se frôlent et s’adorent, vivent chaque instant avec la certitude que seul le moment compte. Lorsque Bébé pénètre pour la première fois le quartier des employés on peut voir un lointain rapprochement avec Rose du film Titanic, rejoignant les sans classe lors de la scène du bal. En effet, les deux scènes restent des moments charnières ou les deux héroïnes vont se retrouver confrontées à un inconnu qui les attirera. Un univers qu’elle ne connaissait pas qui les sortira d’un monde étriqué qui les étouffe, un premier amour qui les poussera à devenir adultes et à assumer leur besoin. Allez au-delà des convenances, accepter ses désirs et ne plus vivre à travers ceux d’un autre.

Je vois également dans le personnage de Johnny Castle une résurgence de Paul Varjak. Interprété par George Peppard dans le somptueux Diamants sur Canapé, il est un homme, artiste de son état, qui pour survivre à du se vendre à des femmes. Face à la perte de l’espoir dans le modèle Américain seul l’amour le sauvera. Même si Diamants sur Canapé est plus cruellement mélancolique, il se définit également par la chute du rêve américain et la résilience dans l’union des solitudes. Une seule certitude m’étreint à la fin de ce petit papier, personne ne devrait laisser Dirty Dancing dans un coin. Assez naïf, pour assumer pleinement son côté divertissant. Il n’en oublie pas d’embrasser des thématiques certes souvent traitées, mais avec assez d’intelligence pour rester intemporel.


Date de sortie :  23 décembre 1987 (1h 40min)

Réalisé par : Emile Ardolino

Scénarisé par : Eleanor Bergstein

Bande annonce :

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