Death Wish, la loi c’est moi

Lorsque j’ai pris connaissance de la sortie prochaine du remake d’un Justicier dans la ville ou Death Wish dans la langue de Shakespeare, mon excitation se mesurait à l’aune de l’érection d’un eunuque. Bruce Willis, acteur exsangue, dans le rôle-titre. Chapeauté par Eli Roth, ancien réalisateur faussement excitant, que le temps à vite ramené sur terre, finit de m’achever. Peut être que le désespoir m’emmènera dans une salle obscure. Pour profiter de la dernière perle du nouveau héros du direct to dvd. Mais en attendant cela m’a donné une envie folle de revoir l’original.

Et voilà donc, ou m’emmène mon égocentrique soliloque, à la critique sévèrement burnée du Death Wish de 1974 réalisé par Michael Winner. Quatrième collaboration entre Charles Bronson et maître Winner, ce film mérite-t-il sa réputation délicieusement réac. Adaptation d’un roman de Brian Garfield, le projet aurait transité entre de nombreuses mains peu avides de s’emparer du sujet. Avant de tomber sur la table Dino De Laurentiis producteur fort prolifique qui proposera le projet à Michael Winner. Celui-ci en plein tournage du Cercle Noir avec Charles Bronson, lui présentera de façon bien succincte le film. « C’est le film d’un homme qui tire sur des voyous » – « J’adorerais faire ça » – « Tourner dans le film? » – « Non tirer sur des voyous » C’est peu de dire, à la lecture de cette merveilleuse discussion, que le projet partait sur des rails en or massif.

Charles Bronson sera donc Paul Kersey, architecte un brin gauchiste. Objecteur de conscience, et ne supportant pas la violence. Dont la femme et la fille seront agressées par une bande de voyous. La mère n’en réchappera pas et la fille tombera dans un état catatonique. Mais comme pourrait le déclamer Steven Seagal dans un bon vieux dtv tourné en Bulgarie « Fallait,pas faire chier l’architecte ». Faire jouer ce rôle à Bronson, la moustache la plus virile de toute l’industrie cinématographique. Qui ferait passer Schwarzie, Stallone, Willis et j’en passe pour des magical girls et fort bien trouvé.

Le film débute tout en douceur, dans une atmosphère quasi bucolique. Paul Kersey et sa femme sont en vacances au bord d’une plage. Les tons sont chauds et les couleurs chatoyantes ce qui dénotera de l’aspect urbain qui suivra. Dés leur retour en ville, un plan large sur la jungle urbaine et ses embouteillages provoquera une sensation d’étouffement et de claustrophobie. Le couple rentre chez eux dans un profond mutisme, préambule de la perte à venir. Avant de se coucher, on verra un dernier reflet du couple dans le miroir, sorte de dernier cliché de leur bonheur passé le tout se finissant par un fondu au noir. La cellule familiale est prête à être détruite.

La mère et la fille de retour des courses vont se faire suivre par trois voyous et finir par être agressées chez elle. On pourra remarquer un plan très symbolique ou trois religieuses passe à l’écran à la suite de la famille Kersey et vont littéralement tourner le dos à la caméra et quitter l’écran. Les trois voyous leur faisant place et se précipitant dans l’immeuble à la suite de la famille. Le metteur en scène nous dit simplement que Dieu ne voit pas tout, Dieu se détourne et laisse le mal arriver et met déjà en place ses thématiques d’une justice qui se doit d’être violente et personnelle. On ne peut se réfugier nulle part même dans la religion.

La suite directe de ces événements ne sert qu’à mettre en place ce qui servira de justification émotionnelle aux futurs agissements de Bronson. Un beau fils au mieux inconsistant, l’incapacité du corps médical à sauver sa femme ou soigner sa fille, la police incapable de remplir sa fonction première. Toutes les institutions sont fêlées tout est prêt pour le retour primal. Tout se jouera lors de la scène pivot du film quand Kersey devra se rendre en Arizona pour le cabinet d’architecte qui l’emploie. Le New Yorkais va pénétrer dans les racines mêmes de l’Amérique, une Amérique armée et fière de l’être, une Amérique prônant l’auto défense, une Amérique qui finalement sera la seule à lui apporter une réponse viable au traumatisme subit. Il pénètrera littéralement dans un western et en repartira avec un cadeau, un don, une offrande. La violence doit répondre à la violence. Il est prêt à devenir le bras armé de toute une nation.

Ensuite s’ensuivra une escalade. Kersey se lance dans une croisade dans laquelle il prendra de plus en plus d’assurance. Ce n’est pas un film de vengeance, il ne cherchera jamais à définir les vrais coupables, car ils le sont tous. Aucune distance, aucune remise en cause. Kersey n’est plus un homme. Le film en fait un symbole, un vecteur du message qu’il cherche à faire passer. La police incompétente et quasi absente se fait de plus en plus présente, elle cherche à l’arrêter, n’hésite pas à truquer les chiffres de la baisse de la violence. Malhonnête, incompétente, elle ploiera le genou tout de même face à la vindicte populaire, face au peuple qui se retrouvera dans Kersey. Elle préfèrera le voir partir que l’arrêter, le super héroïsme dans les années 70 est sale et il tâche.

Winner ne s’épargnera aucune manipulation et utilise tout ce que le cinéma met à disposition pour faire passer son message. Si l’on doit noter le film que sur ses intentions, on pourra lui reconnaître une pleine réussite. Évocateur tant dans sa mise en scène que dans son scénario. Le film même aujourd’hui retourne encore par sa littéralité. Un film qui mérite d’être vu , qui n’évite pas quelques effets grotesques. Un film avec lequel il est bon tout de même de prendre un peu de distance, au-delà d’un possible plaisir transgressif, bien en saisir toute la portée.


Date de sortie :  16 octobre 1974 (1h 34min)

Réalisé par : Michael Winner

Scénarisé par :  Brian Garfield, Wendell Mayes

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