Captain Marvel, tous les Krees les sos

Captain Marvel, tous les Krees les sos

Il m’est de plus en plus difficile de me poser devant mon clavier, pour parler de la dernière sortie du MCU. Car, bien souvent, analyser l’indigence qui m’est proposée, revient à me demander pour quelles raisons j’accepte à chaque fois de me l’infliger. Peut-être l’espoir permanent de me voir offrir un divertissement solide malgré les déceptions continue. L’inaltérable conviction que je peux encore retrouver les quelques plaisirs qu’ont pu m’apporter les débuts de la gestation de cet univers étendu. Un univers, depuis, vidé de toute substance, si tant est qu’il en eut, et de toute forme d’originalité. Un univers fait de calculs et d’absence d’aspérités cherchant à tout prix se conformer aux attentes d’un public. Répondre à une demande, tout en étant assez aseptisé pour être accepté par le plus grand monde. Et c’est à ce moment précis qu’intervient Captain Marvel, tout autant réponse au succès de Wonder Woman que nécessité de s’inscrire dans son époque.

Même si l’entreprise est fort opportuniste, rien n’empêche celle-ci d’être un succès. Le marketing n’est pas né avec les films du MCU, et quand bien même la création d’une œuvre n’est pas fondée sur les intentions les plus louables, elle peut malgré tout devenir une force évocatrice. Après le très raté Black Panther, Disney s’attaque au féminisme avec Captain Marvel et il le fait avec des moufles en plein été indien. S’il n’est pas aussi raté que le dispensable Wonder Woman qui au-delà du fait d’être écrit sous coma éthylique était parsemé de quelques scènes ayant du souffle, certes celui d’un asthmatique, mais c’est déjà mieux qu’un Spider Man Homecoming.

Ce film marche dans la droite lignée d’Ant Man, de ces films qui n’ont d’intérêt que par leurs scènes post générique. Cette scène qui éveille un vague intérêt, et nous fait croire que finalement c’est le prochain film qu’il faut allez voir. Disney, à inventer le film encart publicitaire. Deux heures ou l’on recycle de vieux concepts, des schémas narratifs plus usés qu’un discours présidentiel du Nouvel An. On parsème le tout d’un brin de SF, on saupoudre avec un semblant de sujet de société, on sert le tout avec du coca et du pop corn. Et si le diabète ne nous emporte pas avant on retournera voir le prochain, parce que vraiment le prochaine il va être énorme.

Vague buddy movie se situant dans les années 90, mais surtout écrit comme dans les années 90. La vacuité de ce qui nous est présenté m’a fait penser à un moment que mon cerveau n’était plus assez irrigué. À prendre des réalisateurs venus de l’indépendant, puis leur couper les ailes et toute possibilité de poser leurs pattes d’auteurs, on se retrouve avec des produits informes. Des métrages passés à la lessiveuse d’un cahier des charges qui en dissout toute sève. Vague quête initiatrice où son héroïne à la recherche de son passé va finir par se comprendre, accepter sa destinée, et révéler une force insoupçonnée.

Le tout appuyé par une mise en scène rachitique et un montage douteux. Quand ce n’est pas la photo qui plonge les scènes d’actions dans l’obscurité, c’est les choix de cadres et montage fait par un épileptique qui les rendent complètement incompréhensibles. Le premier affrontement, sur une planète dont j’ai heureusement oublié le nom, est un modèle du genre. Si on enlève le ridicule d’une situation, ou le commando Kree ne peut dialoguer avec les « autochtones » tout en ayant un traducteur universel, il est l’exemple vivant de comment on peut rater une introduction. Première grande scène d’action du film, avec un déroulé incroyablement convenu, qui ne saura jamais jouer avec les attentes pour susciter une tension et dont l’action manque complètement d’ampleur.

Car oui, on peut manquer d’ampleur en filmant une super héroïne exploser un croiseur Kree et voir plus de souffle épique et de dramaturgie dans une « simple » fusillade, il n’y a qu’à voir Heat. Le manque d’expérience dans la gestion de l’action se fait cruellement sentir. Cela aurait pu être compensé par une histoire forte, mais Brie Larson en roue libre peine à rendre attachante son personnage. Surjouant sans cesse une fierté limite hautaine elle ne se révèle acceptable que dans les scènes plus intimes. Quand elle est plus dans la retenue liée à ses fêlures elle se révèle bien plus que dans l’artificialité de son interprétation super héroïque.

The Right Stuff: Captain Marvel (Brie Larson) and Nick Fury (Samuel L. Jackson) order off the menu in Captain Marvel.

La seule bonne idée du film, celle autour de laquelle, aurait du tourner la totalité du métrage et trop peu utilisé et de façon maladroite. L’histoire de cette femme qui s’est battue toute sa vie pour un rêve, qui frôle la mort et se fait duper, abuser, utiliser à son insu par un homme avec de sérieuses tendances de pervers narcissique. Cette femme qui se libère de cette emprise en révélant un pouvoir insoupçonné et prenant la mesure de ses réelles capacités va s’ériger en rempart et en modèle. Mais les faillites d’écriture, les sous-intrigues inutiles, un Fury qui cabotine dans le plus grand des ridicules, phagocyte le cœur de ce qu’aurait dû être le métrage.

Le twist improbable, la trahison que l’on voyait venir, la famille de réfugiés apatrides j’avais l’impression de voir une digression famélique de Valérian et la Cité des Mille Planètes le dépaysement en moins. Car sortie de la capitale des Krees peu de choses prêtes à rêver dans le film. Un film au demeurant pas détestable, mais dont les intentions trop affichées, trop appuyées, de mettre en image une femme forte sonnent parfois faux. Je ne suis pas sorti de la séance énervé mais terriblement désappointé. Dépité de me dire que je viens de voir une fois de plus un de ces films dont j’aurais à peu près tout oublier dans trois jours. Un de ces films qui vont rencontrer un succès planétaire tout en étant dépourvu d’âme.


Date de sortie : 6 mars 2019 (2h 04min)

Réalisé par : Anna Boden, Ryan Fleck

Scénarisé par :  Anna Boden, Ryan Fleck, Geneva Robertson-DworetRyan Fleck

Direction de la photo : Ben Davis

Bande annonce :

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Cet article a 3 commentaires

  1. Mais quel désastre. Je sauve à peine Sam Jackson, le caméo de Stan Lee et les skrulls même s’ils n’ont absolument rien à voir avec ce qu’ils sont dans les comics. Tout le reste est à jeter : le scénario vu et revu et mal écrit, la réalisation pauvre, le montage surcuté, les chansons là on ne sait pas pourquoi, la bo qui pompe celle de Thor Ragnarok, la cité kree pompée sur la décharge du même film, Brie Larson froide et distante, des effets-spéciaux dégueulasses pour une production aussi chère en 2019… Honteux du début à la fin. On va bien se marrer avec Captain Marvel à l’avenir si le personnage est aussi nul qu’ici.

    1. Tu m’étonnes elle ne sais absolument pas comment aborder son rôle, elle se traîne pendant deux heures avec un air hautain et condescendant comme si c’était la plus parfaite représentation de l’héroïsme. Pas vraiment de variation, ni de vraie évolution ça donne au tout un côté très monocorde et génère peu d’empathie.

      1. Quand je vois comment elle joue le personnage, j’ai plus envie de voir le film sur Black Widow. Scarlett Johansson n’a pas toujours eu de la chance avec son personnage, mais elle le tient mieux que Larson le sien.

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