Bad Santa, le père noël est vraiment une ordure

Le père Noël est acariâtre, vulgaire, alcoolique et accessoirement un perceur de coffre fort très doué. Voilà un film qui va finir de vous convaincre sur la nécessité que le père Noël ne soit qu’une légende. Terry Zwigoff, en 2003, va nous livrer avec Bad Santa une version toute personnelle du mythe de fin d’année. En effet, avec son second film, oubliez l’esprit de Noël, la romance, l’esprit de famille. Ici, l’on ne va pas chanter We Wish You a Merry Christmas des étoiles pleins les yeux, autour du sapin.Nous allons plutôt coucher avec une mère en surpoids dans le rayon grande taille d’un centre commercial. Est-ce que l’irrévérence suffit pour faire d’un film, un bon film. C’est ce que l’on va essayer de voir.

Tout commence de façon assez classique. La caméra filme un ciel nocturne enneigé, via un panoramique elle nous révèle des décorations de Noël ornant la devanture d’un bar. Le tout sur une musique de Chopin. Un lent travelling nous rapproche des fenêtres aux stores baissés. Plan suivant, nous sommes à l’intérieur, le travelling reprend. Une foule, tout sourire, discute et s’échange des cadeaux puis se rapproche d’un homme habillé en père Noël. Il fume, boit et a clairement l’air misérable. La foule semble l’éviter ce qui renforce son aspect paria. Une voix off démarre, la sienne. Il se présente de façon lapidaire, se lève, un fondu enchainé, puis il va vomir dans une rue déserte à l’arrière du bar. Finalement, cette introduction va être totalement représentative de ce que sera le film.

En effet, le métrage débute quasiment à l’inverse de ce que se voudrait habituellement ce genre de film. D’habitude, on suivrait un protagoniste en détresse qui subirait diverses péripéties l’amenant à une épiphanie. Épiphanie soulignée par la mystique de Noël et ses vertus naturellement curatrice. Le tout qui se finirait par un mouvement de caméra amenant un plan zénithal sur un paysage immaculé. La magie ayant fait son œuvre on peut jeter un dernier regard bienveillant sur la scène. Mais ici, pas du tout. C’est un être en bordure de la société que l’on va suivre. Sans pour autant verser dans le dramatique, le film étant totalement baigné d’une ironie mordante.

Maintenant que l’on situe un peu mieux ce que veut être le film, une question reste. Réussit-il à mettre en image ses intentions. Alors, autant il est jouissif, de voir Billy Bob Thornton rudoyer des gamins venant poser avec papa Noël et faire leur commande. Pour finir la journée en s’étant pisser dessus. Autant il est plaisant de voir Tony Cox jouer l’elfe. Les dialogues vulgaires balancés en rafale, et les scènes outrancières se succèdent sans cesse et finissent par être redondantes. Malgré tout, certaines font mouche et déclencheront le rire. Mais il semble manquer des scènes de transition permettant un décalage soulignant encore plus l’incongruité des situations.

Tout le film étant focalisé sur ses personnages borderline on finit par ne plus avoir vraiment de recul. Et la succession de scènes se voulant « choquante » perdent en intensité. Le monde qui les entoure manque tant d’épaisseur qu’il semble ne pas y avoir de vie autour d’eux. Des personnages en carton, juste la pour habiller les scènes. Quand on voit Thornton, pour la vingtième fois, une bouteille à la main devant un groupe d’enfants. Où quand on voit Tony Cox balancer un énième fuck, on finit par être blasé. Il manque cruellement de vraie situation vivante ou l’interaction entre les personnages générerait l’humour. Tout repose trop sur le duo d’acteur.

Il n’empêche, que des scènes restent efficace. Notamment la scène de l’entrainement de boxe. Ou les scènes avec le manager du centre commercial interprété par John Ritter. D’ailleurs, dans ces trop rares scènes ce qui fonctionne c’est justement l’affrontement de deux Amériques. Celle qui ose vous dire fuck à la figure, et celle plus policé, bien pensante qui choisit ses mots avec grand soin, mais ne peux s’empêcher de laisser entrapercevoir la noirceur qui l’habite. C’est dans ces rares moments ou le film semble vraiment toucher du doigt, ce qu’il essaie de mettre en exergue.

En tout cas pour moi l’une des meilleures scènes se situe plutôt au début du film. Alors que leur contrat de père Noël et d’elfe se finit dans un centre commercial. Tony Cox, l’elfe, se cache dans le magasin prêt à ouvrir les portes à son coéquipier pour réaliser leur braquage. Et la scène est une vraie réussite. Un bonhomme de neige semble se réveiller, court à travers le magasin. Finalement, il stoppe l’alarme qui était en train de s’activer. Il lève son masque et fait entrer son complice. Dans cette scène, le réalisateur joue totalement avec la perception. Voir ce bonhomme de neige prendre vie dans un magasin fermé. Il y a quelque chose de féérique, qui s’inscrit dans un imaginaire forgé par trop de contes de Noël. Le tout étant mis à mal quelques minutes plus tard lors de la révélation.

Encore une fois, Noël est tourné en dérision et cache en son sein quelque chose de bien plus glauque. Tristement, cela appuie le fait que le film est réussi en son début puis s’essouffle, et à tendance à tourner à vide. Toute la relation avec l’enfant menant à une rédemption toute relative n’est guère passionnante. Le personnage de l’enfant n’étant pas vraiment écrit et joué plutôt platement. L’intérêt amoureux incarne par Lauren Graham semble ne pas avoir d’âme. On en finit par ne pas comprendre pourquoi Billy Bob Thornton évolue. Mon seul problème étant que je me demande si cela est dû à un problème d’écriture ou le désir d’appuyer la focalisation interne autour du héros. L’absence de caractérisation des protagonistes l’entourant étant plus due à sa vision du monde dévoyé par ses pensées suicidaires.

Un film que je ne recommanderai pas chaudement, mais qui peut être regardé avec plaisir. Surtout en cette période ou l’on mange du téléfilm dégoulinant de mièvrerie qui si elle était en sucre nous rendrait diabétiques avant même l’apparition du générique de fin.


Date de sortie :  17 novembre 2004 (1h 28min)

Réalisé par : Terry Zwigoff

Scénarisé par :   Glenn Ficarra, John Requa

Bande annonce :

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