Aquaman, mérou t’es parti, le trône t’attends

Il y a encore peu de temps, on m’aurait dit que je sortirai d’une séance DC avec le sourire, je ne vous aurais pas cru. Je dirais même plus. Sortir d’une séance avec un énième super héros, avec la banane. Je vous aurais ri au visage. Et pourtant, à mon corps défendant, c’est ce que je viens de vivre. Après avoir tant craché sur ce que peut devenir le MCU. Après avoir tant vociféré sur les problèmes de conteurs de Snyder et sa propension à finir ses films dans une gerbe numérique. Véritable bukkake d’effets spéciaux illisible. Nous donnant une seule envie. Récupérer des gouttes oculaires et prendre une douche.

Je n’ai pas de véritable préférence, en ce qui concerne le ton de ce genre de film. Qu’il soit fun, décontracté et coloré. Ou bien sombre, glauque et désespéré. Qu’il ait des thématiques profondes et sociétales ou qu’il soit simplement l’histoire d’une quête, peu m’importe. La seule chose qui compte pour moi. C’est que ce qui est présenté. Que les désirs et les intentions apparentes de l’équipe créative soient assurés, tant dans sa narration que dans sa mise en scène. Et c’est là, ou bien souvent, les films qui ont pu précéder m’ont déçu. Ne sachant jamais être bien tenu du début à la fin du métrage.

Une fois ce préambule mis en place, de quoi nous parle cet Aquaman mis en scène par James Wan. Arthur fils illégitime de la reine d’Atlantide bien des années après sa naissance va se retrouver confronté à un choix. Celui d’accepter son ascendance, et récupérer le trône d’Atlantide. Pour empêcher une guerre, que cherche à déclencher son demi-frère actuellement au pouvoir. Une guerre entre son royaume et ceux de la surface. Même si j’ai vraiment apprécié le film dans son ensemble sa trame scénaristique et d’une simplicité confondante.

Ce dont je viens de parler dans mon pitch et le cœur du film. Un cœur autour duquel vont se greffer quelques évènements permettant de caractériser les personnages. Ou de légitimer l’avancée de la narration. Mais, est-ce que simple rime forcément avec mauvais. Non, de nombreux films aux canevas simplistes se sont révélés très bons. Et, ce développement, qui pourrait s’apparenter a un défaut. Finalement, deviens une qualité. Les enjeux sont clairs et définis. Protagonistes et antagonistes sont parfaitement identifiables. La montée des enjeux jusqu’au climax de fin et clairement palpable.

Certains, dont moi, n’ont de cesse de reprocher aux films du MCU leur aspect humoristique. Cassant le rythme, mal écrit, su superposant aux enjeux, jusqu’à effacer l’intérêt dramaturgique. Mais ici, j’ai du mal à faire le même constat. Certes, il est présent, mais mieux gérer. Mais surtout, il s’inscrit dans une cohérence globale de son écriture. Il n’est pas loin de se rapprocher d’un Avenger premier du nom, dont j’avais vraiment apprécié l’approche. Cette décontraction, et consubstantielle au personnage d’Aquaman. Elle le définit, non pas pour en faire uniquement un héros cool, auquel on pourrait s’attacher facilement. Mais par son côté rustre, bourru et attachant, il est le parfait pendant de son frère. Humanité contre atlante. Dans une certaine forme, le prolétariat contre la noblesse. Une vraie lutte des classes, ou, seul un « homme » réunissant l’éducation de la surface et le sang Atlante pourra mettre fin.

Je peux comprendre que l’aspect visuel puisse dérouter, voir rebuter. C’est plus coloré qu’une technoparade sous ecsta. Mais, pour peu que l’on adhère à l’univers, et que l’on ne soit pas réfractaire au surplus numérique. Cela peut vite devenir enchanteur. Même si certains effets, notamment de rajeunissement peuvent être dérangeant. La mise en scène fait honneur au design mis en place. Vaste plan d’ensemble, plan séquence tourbillonnant au milieu de mille couleurs, de statues gigantesques, d’arène sous la lave. Quoique l’on en pense, le spectacle est généreux. Et le tout est incroyablement rythmé. Même si la narration est simple, le montage d’une parfaite fluidité nous aide à ne pas voir passer le temps.

D’ailleurs, le montage jouera souvent sur le mouvement de la caméra pour ses ellipses temporelles ou ses changements de lieux. Ce qui va grandement aider à la fluidité du tout et générer une énergie folle. Les flashbacks seront toujours amenés ainsi. Sans jamais affaiblir le rythme de l’intrigue. Apportant des informations ou approfondissant la caractérisation de certains protagonistes aux moments opportuns. Les scènes d’actions, qu’elles soient de simple bastons, à de vraies batailles rangées sont toujours bien rythmées et inventives, en plus d’être nombreuses. Qui plus est, le combat de la scène d’introduction, en plan-séquence, est un petit régal. Malgré un numérique parfois trop visible. Ces scènes sont par ailleurs assez violentes. Les corps sont projetés. Détruisent des murs, fracassent des piliers.Chaque coup portés nous est fait ressentir.

La première scène, que l’on peut voir dans la bande-annonce, entre Aquaman et des pirates dans un sous marin. Elle définit parfaitement le personnage. Brutal, un brin prétentieux et au sourire narquois. Mais cette scène définira un choix, un choix qui plus tard l’amènera à évoluer vers l’acceptation de sa destinée. Il est d’ailleurs dommage que la naissance d’un de ses antagonistes ne se fasse que pour cette raison. Plutôt sans substance, le personnage de Black Manta n’est la, que pour imposer une prise de conscience au héros. Le film ne reste pas sans défauts pour autant. Ses références nombreuses, en font un peu un patchwork foutraque. Uncharted, Avatar, le 5 ème élément, Pacific Rim… Le film semble parfois impersonnel, mais parvient malgré tout à apporter sa propre cohérence à sa diégèse.

Une belle réussite qui n’est pas sans rappeler les films d’aventure des années 80-90. Généreux, un peu fou, bigger than life. Mais qui nous laisse un sourire aux lèvres. Des thématiques que l’on retrouve souvent dans cet univers. Une quête d’identité qui se nourrit de la perte. Un désir d’échapper à son destin qui le rattrape malgré tout. Les ennemis, que des choix malheureux ont créés, et ceux que l’ascendance nous impose. Tout n’est pas forcément bien maîtrisé ou développé, mais la générosité de l’entreprise emporte le morceau. On pourra regretter que certains pans de l’histoire ou certaines thématiques se limitent à quelques plans. Car, ils auraient apporter plus de profondeur au tout.


Date de sortie : 19 décembre 2018 (2h 24min)

Réalisé par : James Wan

Scénarisé par :  David Leslie, Johnson-McGoldrick, Will Beall, James Wan, Geoff Johns

Bande annonce :

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