Alita, Alita, elle danse tous les soirs….

Projet en gestation depuis une vingtaine d’années, Alita : Battle Angel se dévoile enfin à nos yeux transis d’amour. Un amour, qui avait pris une sévère douche froide, quand j’ai appris que Robert Rodriguez se retrouvait à la tête du projet. Sa filmographie, oscillant entre le grotesque et le laborieusement niais depuis une quinzaine d’années, mes espoirs en avaient pris un coup. Je n’appréciais pas outre mesure ses qualités de metteur en scène, mais son début de carrière à défaut d’être engageant parvenait assez souvent à être réjouissant. Le cœur plein d’allant, mais le doute chevillé à l’âme je pénétrais dans la salle 3 de mon cinéma préféré.

Et je me retrouve une fois de plus devant mon ordinateur, à tenter frénétiquement d’aligner les mots, pour vous expliquer comment ce film m’a agréablement surpris. Déjà, il sera difficile de lui reprocher un trop grand éloignement de son matériau de base. Fidèle, presque jusqu’à l’excès, il image tous les grands moments des deux premiers volumes de la saga Gunnm. Ce qui pourrait être un défaut, mais la qualité du script et le montage particulièrement bien travaillé rend la narration incroyablement fluide. La quête de soi, l’amour comme vecteur d’identité, le racisme… Le film parvient à brasser les thématiques foisonnantes de l’œuvre originale sans les dénaturer.

L’univers visuel est incroyablement riche et de nombreux plans utilisent à merveille le scope très large du métrage. L’immersion est totale, même si l’on pourra reprocher l’utilisation de dialogues très didactique pour asseoir la consistance de son background. Les scènes d’action, très rythmées, manquent parfois d’un peu de lisibilité. Et, mon désamour persistant de Rodriguez, me laisse à penser que dans les mains d’un réalisateur plus brillant, Canadien d’origine, la jouissance aurait pu être totale. L’histoire d’amour, quant à elle, sans atteindre l’ampleur émotionnelle de celle du manga reste très touchante.

Les yeux d’Alita, qui avaient était moqué copieusement, finalement, seraient plutôt une des grandes qualités du film. Ses grands yeux ouverts vers le monde l’humanisent, la rendent troublante. En quête de soi, elle va se construire à travers les autres, son regard en permanence tourné vers l’extérieur. Si les yeux sont les miroirs de l’âme, les siens ne sauraient être assez grands pour dévoiler ce qu’il y a au-delà de ces entrailles robotiques. Et, c’est à travers ses yeux trop grands pour être humain que va se refléter l’inhumanité de ceux qui l’entourent. C’est à travers ses yeux trop grands pour être humains que certains y trouveront leur rédemption. C’est également à travers ceux-ci, renvoyé par son propre reflet, que Rodriguez appuiera les différentes évolutions d’Alita. Jusqu’à l’acceptation finale de sa destinée.

Mais tout n’est pas parfait au royaume du Danemark. L’histoire est tout de même très édulcorée. Le métrage gagne en accessibilité ce qu’il perd en sordide. La photographie assez lumineuse et toujours flatteuse n’illustre pas ce qui nous est présenté. Une ville construite autour des déchets de Zalem, cité dans le ciel, symbole d’un ascenseur social impossible. Une ville composée de paria, de chasseurs de primes, une ville dont la seule passion est un sport incroyablement dangereux dont la quête ultime est un accessit vers Zalem. Un paradis qui n’existe que dans leur phantasme de lendemains plus radieux.

Les morts et le sang se feront souvent hors champ. Et la violence graphique, se constituera surtout en démembrement de corps trop robotique pour être réellement impactant. La générosité du script en sera également son défaut. À trop vouloir en mettre, tout au long de ces deux heures qui passeront trop vite, de nombreuses thématiques sembleront qu’effleurées. Le montage certes brillant semble parfois couper trop vite le plan pour pouvoir passer à autre chose et ne laisse pas vivre totalement l’histoire de ses protagonistes. Il aurait peut être était bon, de se concentrer sur un arc et s’y consacrer pleinement.

Quelques personnages auraient pu être également sacrifiés. Notamment ceux incarnés par Christoph Waltz et Jennifer Connelly. Ses deux personnages fusionnés auraient pu apporter une vraie intensité dramatique doublée d’une évolution intéressante dans le rapport à la parentalité. En l’état, cet ajout semble peu pertinent, et alourdit la narration. Desty Nova, antagoniste absent, n’apparaissant qu’à travers les corps de ceux qu’il contrôle, est incroyablement prometteur en vue d’une suite. Une suite qui ne verra sans doute jamais le jour étant donné le premier weekend catastrophique aux USA qui semble promis au film.

Un très bon divertissement qui n’a pas pu se résoudre à éviter le tout public. Un univers riche, des personnages forts, ou l’action ne prend jamais le pas sur l’histoire et n’en est que le prolongement. Quelques errements de mise en scène, compensée par une production design de belle facture, et par les équipes de Weta qui démontre encore leur savoir-faire. Un film à voir, qui après Mortal Engines, sera le second métrage de l’année à ne pas mériter un insuccès qui lui semble malheureusement promis.


Date de sortie : 13 février 2019 (2h 02min)

Réalisé par : Robert Rodriguez

Scénarisé par :  James Cameron, Laeta Kalogridis, Robert Rodriguez

Direction de la photo : Bill Pope

Bande annonce :

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