3615 Code Père Noël, à la fois pénible et réjouissant

En 1990, après avoir été présentés hors compétition au festival d’Avoriaz, 3615 Code Père Noël sortait dans nos salles enfiévrés. René Manzor, déjà réalisateur de Le Passage, repassait derrière la caméra avec ce qui est un conte horrifique de Noël. La veille de Noël, Thomas interprété par Alain Musy, se retrouve seul avec son grand-père. Confronté à la venue du père Noël lui-même, le jeune enfant va se rendre compte de deux choses. Le vieux barbu nordique n’aime ni les chiens ni les enfants. Alors ne nous le cachons pas, la combinaison boogeyman, Noël, manoir, paysage enneigés… Tout ceci avait tendance à me faire frétiller la turbine à plaisir. Mais toutes les promesses apparentes sont-elles tenues.

Un sentiment équivoque m’étreint pour parler de ce film. Il m’a été particulièrement pénible de le finir, mais en même temps de purs moments jouissifs s’égrènent tout au long du métrage. Malheureusement, ces moments ont du mal à convaincre face à tous les défauts rédhibitoire du film. Un casting assez pénible pour commencer. Alain Musy souffle le chaud et le froid et parfois nous fait regretter que l’on ne soit pas à la place du Père Noël tellement son jeu peut être insupportable. Patrick Floersheim est juste exécrable, mais la faute ne lui est surement pas totalement imputable. L’écriture et la mise en avant de son personnage étant tellement poussive. Elle oscille en permanence entre une mythification à la Myke Myers, totalement contrebalancée par des dialogues grotesques et une introduction qui l’humanise bien trop. On ressent le désir horrifique, mais le ridicule de certaines situations nous rapproche plus de la comédie.

Louis Ducreux, quant à lui, incarne un grand-père attachant au jeu bien plus en retenue. Et dont, chaque apparition, réussit à faire mouche et a emmené avec lui, dans leurs scènes partagées, le jeune Alain Musy pour de vrai moment d’émotion. Le film est également particulièrement ancré dans son époque. Notamment technologiquement. Ce qui lui donne un air, particulièrement daté. Et ce n’est pas la légèreté du concept qui nous permettra d’avoir un point d’ancrage qui pourrait éviter une focalisation trop importante sur ces détails. Détails qui sont tout de même au coeur du récit, faut-il le préciser. Par moment, Manzor expérimente un peu trop et l’impression de voir un clip des années 80 s’empare de nous.

Malgré ces quelques retenues sur le visuel que je peux émettre. Il y a également de vraies idées brillantes et pertinentes. La photo est très travaillée et se partage en trois couleurs. Ici le Rouge, le jaune et le bleu. Chacune exacerbant une émotion. On pourrait dire le rouge et l’extérieur, la menace. Le jaune et la part humaine, positive, une possibilité de sauvetage. Et le bleu, un lieu froid où tout est possible. Le réalisateur use et abusent des dutch angle, pour renforcer le sentiment de malaise. Certains plans sont particulièrement bien travaillés. La scène du billard par exemple, ou le père Noël jette nerveusement la boule rouge contre les deux blanches, représentation graphique des enjeux du film. Celle du labyrinthe ou la caméra s’élève pour nous révéler un sol qui représente un regard. Moment très symbolique, l’enfant perdu est menacé par un regard inconnu, ce qui appuie visuellement ce qui est le cœur du film. Avant que le regard menaçant change de camp.

Thématiquement aussi, il me semble assez riche. Tout n’est pas explicitement dit, mais le père de l’enfant semble mort ou disparu. La mère jouée par Brigitte Fossey voit un nouvel homme qu’elle n’a toujours pas osé présenté à son fils. À travers ce récit, d’un jeune enfant cherchant irrésistiblement à croire au père Noël et qui va se retrouver confronté à la peur. On peut y voir son combat pour l’acceptation. L’acceptation du décès de son père, celle de l’intrusion d’un nouvel homme dans leur famille. La résilience en voyant son chien mourir sous ses yeux et en finissant par l’enterrer. À la fin du film, l’enfant est devenu un homme. Il accepte la mort, comprends qu’elle n’est pas toujours inéluctable (voir le sauvetage du grand-père) et il est prêt à l’arrivée de l’amant de sa mère en ayant littéralement abattu ses peurs.

Un film intéressant, riche en thématique avec un visuel recherché. Mais qui pêche par un casting principal assez médiocre. Et qui est bien trop ancré dans son temps ce qui peut avoir tendance à annihiler tout le travail intelligent de mise en scène. Je le conseille pour les plus curieux. Ceux qui cherchent à aller au-delà de ce qu’un film semble proposer. Pour les autres, l’expérience risque d’être quand même pénible. Surtout, que la musique dont je n’avais pas encore parlé n’est vraiment pas adéquate par moment et tue toute la tension recherchée.


Date de sortie :   17 janvier 1990 (1h 27min)

Réalisé par : René Manzor

Scénarisé par :  René Manzor

Bande annonce :

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3 réponses

  1. Borat8 dit :

    Vu lors de la dernière nuit du bis de l’an dernier et c’était franchement amusant. Ça a pris un coup dans la gueule pour certains plans, le méchant n’est pas bien défini, le jeu de chat et de la souris n’est pas toujours logique et Brigitte Fossey roule trop longtemps là où son amant fait le trajet rapidement. Mais ça a un certain charme. Le gamin est plutôt attachant et sa relation avec le grand-père fonctionne. C’est au moins divertissant et bien réalisé.

  2. borat8 dit :

    Pour le coup je m’attendais à un nanar. Parfois il n’en est pas loin, mais il y a de l’idée et souvent ça fonctionne.

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